Petit bonheur numéro trois cent soixante cinq : tout relire et se dire que c’était bien, 2013

Ce petit bonheur vous dit bonne année.

Voilà, c’est fini. Trois cent soixante cinq petits billets, comme une marguerite qu’on effleure, comme un éphéméride qu’on déshabille. 

Trois cent soixante cinq tout petits instants, des minutes qui s’égrainent et se lisent.

Trois cent soixante cinq mini choses, mini trucs, mini plaisirs un peu comme une mini barre chocolatée. Une petite chose à laisser fondre ou à croquer. Comme la vie. Comme chaque matin. Parce que finalement, chaque jour traine avec lui son lot de surprises, qu’on en veuille ou non, qu’on fasse semblant de les voir ou bien qu’on les prenne avec soi. 

Trois cent soixante cinq détails du tableau. Trois cent soixante cinq pixels minuscules. Des gènes dans un ADN qui nous dépasse. 

La vie a cela de magique qu’elle est belle vue de très haut et belle aussi vue dans son ADN. L’infiniment petit est tout aussi fascinant que l’infiniment grand. 

Il y a eu les épluchures de mandarine, la boite de chocolat, le verre de vin, le feu de cheminée, les vacances à la mer, les cadeaux de Noël et les bougies d’anniversaire. Il y a eu les câlins, les larmes de joie, les larmes de tendresse, les mains qui s’enlacent et les bouches qui s’embrassent. Il y a eu les rêves et les espoirs. Il y a eu des amis et un Amour.

L’année comme un désert et ses milliards de petits grains de sables. Une immensité à perte de vue, et chacun portant en lui un peu d’infini. 

Monsieur et Mademoiselle referme le livre, pour en ouvrir un autre. Le monde va continuer sa course, les rêves vont continuer à se réaliser ou bien à se rêver. 

2013 a vécu, 2014 est à vivre. Deviens ce que tu es et n’oublie jamais de vivre. 

Ca a été un vrai grand bonheur. Bonne route. Et bonne année. 

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Petit bonheur numéro trois cent soixante quatre : un verre de bon vin

Ce petit bonheur là apprend à déguster.

Elle a vieilli longtemps, au frais, dans sa tanière sous la maison. A portée de main, dans les abimes de pierres, entre deux autres soeurs, dans l’air enfermé et la lumière de sous la terre.

Un peu éblouie, elle est arrivée sur la table, encore dans son habit de poussière, le teint voilée de particules fines. Dans sa robe, les tanins dansaient déjà.

On l’a débouchée, puis on l’a laissé s’aérer.

Ensuite, quand tout le monde a été installé autour de la table, on a versé doucement le contenu dans les jolis verres, ceux avec de grands pieds et de gros ventres.

Le vin, dans sa prison de verre, a laissé soudain filtrer la lumière. L’épaisseur du trait s’est dessiné le long du cristal. Les tanins en suspension ont commencé à flotter puis, à toucher le fond.

Les mains font danser les verres, dans un geste savant du poignet. Les yeux cherchent à percer le secret de la couleur, ambre ou cuivre, ocre ou lie. Les lèvres s’entrouvrent. Une seule gorgée suffit. Le palais reçoit. C’est fort d’abord, puis rond ensuite. Les arômes accrochent les papilles. Le catalogue des saveurs est ouvert et chacun y va de son commentaire. L’un perçoit de la mûre. L’autre du miel. Un troisième une légère amertume. Un autre une pointe douce d’acacia.

Les nez respirent le fruit de la vigne. La terre et les hommes. Le liège et les caves. Les tonneaux et les nuits d’hiver au frais. Le vin se laisse domestiquer, mais jamais tout à fait. Il reste ce côté sauvage au fond de la gorge, indomptable. Imprenable.

Pas besoin d’y revenir. Pas besoin d’un grand verre. Une lampée suffit à partager. A découvrir. Un vrai petit bonheur.

Petit bonheur numéro trois cent soixante trois : composer un menu

Ce petit bonheur là se demande s’il ne va pas falloir un tableau Excel.

Tout pourrait être simple. Entrée. Plat. Dessert. Mais dans « composer un menu », il y a « composer » comme « composer une symphonie » ou comme « composer avec les goûts/allergies/préférences de chacun.

Autour de la table, les convives du 31. Des amis, des cousins. Bref, de quoi organiser un premier tour de table préalable, un vote et presque des primaires. « Non mais les gars, on parle juste de bouffe là »… « Ah oui mais c’est le réveillon quand même« .

Foie gras. Dinde. Buche. Trop Noël. Véto.

Salade. Poulet. Glace. Trop « menu enfant ». Véto.

Huitres. Couscous. Glace. « J’aime pas les huîtres ». Véto.

Saumon. « J’aime pas ». Véto. « Tu veux pas savoir la suite?  » « Non« .

Coquille saint jacques. Boudin blanc. Salade de fruits. « Je suis allergique à la peau des boudins ». Véto. »De toutes façons, je mange pas de Saint Jacques depuis une intoxication en 1998« .

Apéro conséquent. Tajine. Buche glacée. « Mouais… on peut pas mettre une entrée quand même? »

Huitres et foie gras. Tajine. Buche glacée. « On peut pas remettre la salade de fruits?  » « moi perso je préfère les glaces ». « C’est pas un peu gras quand même ?  » « Et mon cholestérol… tu y penses ? « 

Huitres et foie gras. Tajine. Salade de fruits et buche glacée. « Moi je peux apporter en plus ma spécialité, c’est des verrines au saumon et à l’avocat. » « A la place de quoi ? Des huitres ?  » « Mais c’est déjà copieux non ?  » « Tes verrines que tu rates à chaque fois ? T’es sure?  »

« Et si on commandait des plats chinois ? « 

« Moi de toutes façons j’aime pas les réveillons »

« Je suis pas très buche moi… je préférerais une tarte »

« C’est vrai qu’on parle souvent de la « tarte de Noël »… Et pourquoi pas la galette des rois?  »

Un vrai petit bonheur.

Petit bonheur numéro trois cent soixante deux : les histoires de familles

Ce petit bonheur là se fait raconter invariablement l’enfance des grands parents.

Il y a les histoires drôles. Quand Mamie a confondu le sel et le sucre le jour où elle préparait un gâteau pour sa belle mère. Le jour où Papa, petit, s’est enfermé dans le placard du grenier avec la boite de chocolat et qu’on l’a cherché pendant deux heures. On l’a retrouvé lui, jamais les chocolats.

Il y a les histoires qu’on écoute sagement, en silence. La guerre de Papi, l’école en sabot, le grand père qui sarclait les vignes à cheval, la grande tante qui était dans la Croix Rouge en 1940. Le jour où Papi a demandé Mamie en mariage.

Il y a les histoires qu’on se murmure en gloussant. Tante Eliane et ses 4 mariages. Le mari de Paulette qui la trompait avec la voisine dont les enfants pourraient finalement être nos cousins.

Il y a les légendes auxquelles ont fait semblant de croire. On descendrait, dit on, d’un compagnon de Pépin le Bref. Il se raconte que par la grand mère maternelle de ton aïeule, on a un lien de parenté avec Saint Exupéry.

Les familles sont des mondes. Des univers, des dynasties. Des contes et légendes qui vivent dans les mots et se jouent des mémoires. Les familles partagent du sang, et surtout des souvenirs. Elles sont parfois grandes, parfois plus petites, elles sont parfois agaçantes, parfois attachiantes. Les familles nous donnent ce dont parfois on ne veut pas. Elles nous chargent d’un héritage, d’un nom, d’un nez, d’un menton, d’un regard. Elles mélangent les gènes et souvent nous gênent. Mais, qu’on le veuille ou non, les familles font ce que nous sommes. Nous sommes un peu d’elles, elles sont aussi un peu de nous.

Alors, les retrouver là, avec leur rancoeurs et leur grand coeur, c’est créer des souvenirs pour les prochains. Quand la famille s’agrandit.

Un vrai petit bonheur.

Petit bonheur numéro trois cent soixante et un : les yeux dans le vague

Ce petit bonheur là enroule ses cheveux autour de son doigt.

Il pleut sur le carreau. Il fera nuit dans une heure. Mademoiselle, le nez collé à la vitre, le dos à la cheminée, regarde les dernières feuilles faire leur valise. Elle écoute le vent mugir dans la foret.

Les yeux au loin, le coeur à la mer, la mer au bord des cils, elle se laisse porter par la mélancolie, par la buée sur les lunettes et le parapluie dans la tête. Les baleines sont de sortie. Le corset oppresse sa respiration.

Les cheveux se frise le long de l’index. Les yeux tentent de percer l’épaisse nappe encre qui tombe tranquillement du ciel. Au loin, un réverbère. Des phares. Au loin, d’autres maisons, d’autres mondes derrière des murs froids.

Les yeux se perdent. Ils ne regardent plus. Ils ne voient plus dehors. Ils ne voient plus que dedans. Les paupières ouvertes, les pupilles dilatées, ils ne distinguent plus rien que des formes, de vagues ombres. Les yeux sont opaques. La tête est ailleurs. Vers d’autre monde où il ne pleut pas. Ou bien des mondes de pluie chaude. Ou bien des collines irlandaises. Ou bien des histoires à murmurer. La tête flotte entre deux rêves, les yeux suivent les méandres du fantasques. Un vrai petit bonheur.

 

Petit bonheur numéro trois cent soixante : écrire de la main gauche

Ce petit bonheur là tremblote un peu…

Il y a la cigale et la fourmi. Il y a la main gauche et la main droite. La cigale ayant chanté tout l’été se trouva fort dépourvue quand la foulure vu venue. La fourmi, attelée, est bien embêtée.

Alors, la cigale, qui a bon fond, vient à la rescousse. Elle traine un peu la patte, elle vient clopin clopant. Elle voudrait continuer à jouer comme dans la fable, à danser et à procrastiner. Elle rechigne à attraper un stylo. Elle rechigne à se laisser domestiquer. La main se raidit au premier ordre. La tête agace de ne pas voir ses invectives appliquées. Elle répète, elle force la main.

La main fait un essai. Elle y met de la bonne volonté, elle tente de former les liés et les déliés. La cigale veut montrer à La Fontaine qu’elle n’est pas paresseuse. Et qu’elle n’a pas mérité cette réputation.
La fourmi n’est pas bêcheuse, elle encourage sa copine de fable. Et peu à peu, les lettres se suivent et ne se ressemblent pas. Elles sont de plus en plus lisibles. Presque jolies. Un vrai petit bonheur.

Petit bonheur numéro trois cent cinquante neuf : le vin chaud

Ce petit bonheur sent la cannelle et les épices.

D’abord, prendre une marmite. Un de ces chaudrons de sorcier en cuivre, un de ces baquets à confiture.

Ensuite, y verser le vin. Un de ces bons vins rouges des coteaux, muris au soleil et bercé à la pierre blanche.

Y ajouter une orange non traitée, coupée en belles rondelles. Puis des bâtons de cannelle, des fleurs de badiane, du sucre, des clous de girofle. Laisser macérer.

Puis chauffer, doucement, tranquillement. Des heures durant. Laisser l’odeur envahir la cuisine, la buée se faire au carreau, le torchon posé sur un coin de table et le pain sur la planche.

Le jour de Noël, réchauffer le breuvage. A l’heure du goûter, laisser les convives s’approches du feu. Les laisser se poser sur les fauteuils, les pouffs et les divans. Les laisser digérer la buche et le champagne. Puis, quand les conversations s’estompent, proposer un verre de vin chaud. Une bolée au goût d’Alsace. Rouge souvent. Blanc parfois. Un vrai petit bonheur.

Petit bonheur numéro trois cent cinquante huit : la veille de Noël

Ce petit bonheur là s’endort en rêvant…

Les Noëls de l’enfance reste calés dans un coin de mémoire. Ils sont là, bien au chaud, dans un coin de nos coeurs.

Ils sommeillent à l’abris, veillant sur les petits nouveaux, les souvenirs tous frais qui snobent un peu parfois les vieux de la vieille.

Il y avait des lumières qui clignotent. Le sapin qui trône, tout couvert de guirlandes. Il y avait Maman, qui s’affairait en cuisine et Papa qui ouvrait les huîtres et faisait décanter le vin. Les soeurs de Maman se battaient un peu pour mettre chacune leur touche sur la table. Les soeurs de Papa arrivaient en avance avec des fleurs.

Les grands parents sont tous à l’heure. L’une des Mamie apporte la buche, l’autre le foie gras maison.

Les enfants avaient leur propre table, pas loin de la télé qui, exceptionnellement, restait allumée pour le film de Disney.

Le repas durait des heures. Bien avant le moment du dessert, les enfants dormaient sur le canapé. Les tantes les bordaient de leurs grands châles. Le bruit des rires des adultes arrivaient un peu assourdi.

A minuit, les grands trinquaient au champagne. Les coupes se levaient et Papi disait quelques mots. Mamie tranchait la bûche maison. Tout le monde levait la cuiller unanimement, même si personne n’avait encore faim. Les enfants venaient y gouter sur les genoux des parents.

Puis les Mamans envoyaient les enfants au lit. Alors, en procession, les petits posaient leur paire de chausson sous le grand arbre. Et galopait pieds nus chercher le sommeil dans leur petits lits alignés.

Quelques chants de Noël étaient murmurés. Une dernière pensée au Père Noël qui doit filer là haut. Un dernier doute sur la liste. Un dernier souhait. Puis tout le monde dormait. Demain on verrait bien. Demain ce sera magique. Un vrai grand bonheur.

Petit bonheur numéro trois cent cinquante sept : faire des moustaches sur les magazines

Ce petit bonheur là s’amuse beaucoup d’un crayon et d’un journal.

Le quotidien traine sur la table. Dans quelques minutes, il finira sa vie dans le panier à vieux journaux. Il servira d’allume feu ou bien de ramasse épluchure.

Mademoiselle est au téléphone. Elle scribouille l’enveloppe avec la facture des ordures ménagères. Elle fait des carrés et des ronds sur un coin de post it. Et puis, son oeil est attiré soudain par le journal qui traine. Elle commence par faire un chapeau  à l’homme qui pose en Une. Elle lui ajoute un noeud pap. Et puis une dent pointue et un sourire carnassier. Enfin des lunettes alambiquées.

Page 2. Le premier ministre finit avec un costume de super héros. Le leader d’un autre parti avec un chapeau melon et celui d’un autre encore avec des bottes de cuir.

Page 3. Même procédure. Même images gribouillées.

Les pages se succèdent. Les moustaches aussi. Mademoiselle colorie, joue, ajoute des cheveux, des chapeaux, tout en racontant sa vie au téléphone. Un vrai petit bonheur.

Petit bonheur numéro trois cent cinquante six : emballer un cadeau

Ce petit bonheur s’active dans la réserve du Père Noël.

Dans 3 jours, il y aura des tonnes de paquets bien ficelé avec de jolis noeuds et de jolis rubans. Dans trois jours et trois minutes, il y aura des tonnes de papiers chiffonnés et des sacs poubelle pleins de noeuds déchirés.

En attendant, il reste donc 2 jours et quelques heures pour emballer les montagnes de courses. Il y a le cadeau facile, le livre ou le CD. Un cube vite recouvert d’un assemblage de papier coloré.

Il y a le cadeau niveau débutant moyen. La boite à bijoux hexagonale. La peluche qui finit façon paquet de bonbon.

Il y a le cadeau niveau confirmé. La boîte à bijoux octogonale. La peluche géante. Le bonzai.

Il y a le cadeau niveau expert. Là, Mademoiselle se rate une fois. Deux fois. Trois fois. Quatre fois. Du ruban dans les cheveux, du frisottis au col, du scotch sur toutes les phalanges et même une paire de ciseau à la ceinture, Mademoiselle est un peu en remix d’Armageddon.

Il y a aussi le choix du papier. Le choix de l’étiquette. La souplesse du panier dans le frisement du bolduc, le cas du paquet emballé et du doute qui vous envahit quand tout est fini. Ai-je enlever les prix ?

Bref, un vrai petit bonheur.