Petit bonheur numéro trois cent quarante et un : chez Bibiche

Ce petit bonheur là à, « à la guerre comme à la guerre ».

On n’arrive pas par hasard chez Bibiche. Il n’y a pas de panneau, pas de pancarte, pas d’enseigne ni de néon qui clignotte. Juste un tuyau qu’on se refile, sur le bord du trottoir ou dans la queue, à l’épicerie. Un truc un peu honteux où personne n’admet être allée, et que pourtant, tout le monde connait. « Au 9 de la rue, c’est chez Bibiche ».

C’est un peu une taverne d’un autre temps. Un croisement entre les années 50 et le repaire d’un pirate, un carrefour de routiers, un bar de pécheurs.

Derrière la première porte, une seconde. Avec un carreau et une tringle à mi hauteur qui retient un voilage d’une autre époque. Un voilage qui, un jour, fort fort lointain, a dû être blanc. Il est jauni aujourd’hui par des décennies de vieux mégots fumés au coin du feu. Parce qu’il y a un feu. Une cheminée allumée d’octobre à fin avril. Et parce qu’il n’y a pas de loi Evin chez Bibiche. Avant 1992 comme après.

Sur les murs, des cartes postales cornées. Des écritures pâles à demi effacées, des cachets de la Poste faisant foi qui font foi parfois de plus de 50 ans. Et puis des calendriers de filles à moitié nue. Ou même toute nue. Dans un coin, un calendrier de 1954 et des photos des plus belles prises de pêches. Il y a aussi les dates d’ouverture de la chasse.

Sur les murs, des étagères. Des étagères hautes. D’autres basses. Et dessus, des dizaines de chopes, des verres crasseux. Des pichets d’un autre âge.

Derrière le comptoir, le patron n’a pas de nom. Juste un prénom. Il n’a pas d’âge. Celui de son bar, celui de son calendrier Pirelli. Qu’importe. Il fait les cafés dans sa cuisine, derrière la pièce du fond. Juste à côté des toilettes. Les toilettes qui sont éclairés d’une petite loupiote avec une chainette. Une chainette à côté de la chainette de la chasse d’eau. Il ne faut pas confondre.

Il sert le café dans des tasses sales. Et il tend la boîte à sucre où chacun pioche. Il n’y a pas de petits gâteaux bien emballés dans un joli sachet. Mais il y a la trace du doigt au bord de la soucoupe.

Il n’y a pas de femmes ou presque chez bibiche. Il n’y a que des hommes qui jouent au cartes et qui comparent leurs prises de l’étang, le weekend dernier. Les filles qui passent par là n’ont peur de rien. Mais à la guerre comme à la guerre.

Chez Bibiche, les services sanitaires ne sont jamais passés. Ou alors, ils ont oublié l’adresse. Mais c’est pas grave. Parce que chez Bibiche rien ne sonne faux. Rien ne détonne. La vie passe dans les murs. La vie vibre dans les tables. De grandes tables en bois avec des bancs. Pas de banquette chez Bibiche. Pas de nappe non plus. Pas de plat du jour servi dans une verrine, ou d’ardoise pour faire semblant de. Pas de nappes à carreau, pas de faux pour faire joli.

Chez Bibiche, tout est vrai. Mais c’est ça le bonheur.

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