Petit bonheur numéro trois cent trente quatre : fouiller le grenier de Mamie

Ce petit bonheur là est grimpé tout en haut de l’échelle.

Aller dans le grenier de Mamie est une excursion en soi. Il faut d’abord fixer l’échelle aux crochets. Puis il faut se hisser tout en haut du trente neuvième barreau. De là, il faut lâcher une main du bois et s’agripper à l’anneau qui verrouille la trappe. Il faut ensuite pousser sur le bois et grimper le dernier barreau en levant au fur et à mesure l’épaisse trappe.

Nous voilà dans le saint des saints.

D’abord, on y voit rien. Le vieil interrupteur ne fonctionne plus. Il faut tirer le fil de la lampe et attendre le déclic, au risque de provoquer un incendie.

Dans le halo jaune qui tremble un peu, la poussière en suspens danse et la toile d’araignée projette son ombre immense au mur. Sous les pentes du toit, au sommet de la vieille maison, des coffres enferment chacun des pans entiers de vie. Là, la malle avec les draps blancs du mariage de l’arrière grand mère, soigneusement brodés à son nom de femme. Là, le vieux coffre avec les prix de l’école. Une coupe de foot, une médaille d’athlétisme, un prix d’excellence, un livre signé de la main du maître, en souvenir d’une année de primaire brillamment accomplie.

Là, une caisse en bois avec les déguisements des oncles et tantes enfants. Un chapeau de pirate, un cache oeil, une plume de mousquetaire, une cape de sorcier, une épée en bois.

Là, une valise. A l’intérieur, des centaines de cartes postales. Des lettres d’amour, des lettres depuis la guerre d’Algérie. Des lettres en vers, d’autres en reproche. Des lettres parfumées, d’autres raturées.

La boîte à tissu. La boîte à feutrine. La boîte à vieux jouets. La caisse de diapositives. La caisse avec les revues de Papi. Et celles avec la robe de mariée de Mamie.

Dans un coin, le vieux landau qui, un jour, a bercé Maman. Dedans, une dizaine de vieilles poupées défraichies et un gros ours en peluche.

Dans le grenier de Mamie, les souvenirs font semblant de dormir. Mais dès le dos tourné, ils se racontent les histoires d’avant. Les tissus jouent les crinolines, les lettres répètent le texte, les valises se bouclent et partent en goguette. Dans la poussière qui leur sert de vernis, les souvenirs vivent leur vie. Un vrai petit bonheur.

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