Petit bonheur numéro trois cent trente deux : l’odeur de la cantine

Ce petit bonheur là a longtemps était un mauvais souvenir.

En allant travailler, chaque jour, Mademoiselle passe devant le restaurant du groupe scolaire. Des soupiraux, des bouches d’aération, une épaisse odeur s’échappe dans une fumée blanche. Une odeur de friture, de bouillon ou de purée en flocon.

Chaque matin, Mademoiselle aspire sans le vouloir une bouffée de cette odeur écoeurante, l’hiver se cachant le nez dans son écharpe, l’été se couvrant la bouche de sa main.

Pourtant, peu à peu, l’odeur est devenu ce repère familier, ce quotidien qui se grave dans le mouvement de la rue, dans les saluts lointain de la dame du pressing ou dans la tintement de la porte du boulanger.

Chaque matin, Mademoiselle se demande ce que les enfants auront au menu. Elle cherche dans les effluves des indices de légumes, de pâtes au beurre ou de jambon purée. Elle imagine derrière les grands murs, les cuisiniers s’affairant dans des gamelles d’ogres, à préparer à manger à une centaine de petits poucets. Elle se revoie, gamine, faisant la queue à l’heure du déjeuner, tentant de lire par dessus l’épaule du voisin le menu du jour, tirant au coeur les jours de macédoine et croisant les doigts pour du rab les jours de frites. Elle se souvient du brouhaha, des boulettes de pain, de l’âge qu’on avait dans les verres, des dames cantine qui glissaient un bonbon dans la poche ou une cuiller de riz au lait en plus à ceux qui le réclamaient.

Finalement, c’était un vrai petit bonheur.

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