Petit bonheur numéro trois cent vingt trois : faire courir ses doigts sur un piano

Ce petit bonheur là monte la gamme.

Le piano ne sert plus depuis longtemps. Il a été oublié là, fermé un jour après une dernière leçon. Il attend dans un coin de la pièce qu’on se souvienne de sa présence. Le piano ne joue plus, il est devenu repose bibelot.

Dans son sommeil poussiéreux, il passe le temps en conversant avec le dauphin en plâtre et la boule à neige, posés sur un napperon jaunie. Une branche de gui accrochée à son bois vernis, un mini chevalet avec une photo dans un cadre.

Et puis, un jour, une main ouvre son coffre. Une main effleure ses blanches et ses noires. Une main caresse son ivoire. Le piano frémit, comme au premier jour. Le piano, sous le coup de l’émotion, sonne un peu faux. Le piano joue les effarouché. Puis, timidement, se laisse aller à chanter la valse, à chanter du Bach et à chanter du Valdi. Puis, timidement, il laisse vibrer sa voix mélodieuse dans un jeu précis, un équilibre entre les phalanges et ses touches d’épicéa. Le bois chante comme il chantait jadis, il y a cent ans déjà, dans une foret au loin.

La mélodie s’échappe de son coffre, l’air se vrille et tremble. Les doigts courent, les doigts dansent. Le piano les accompagne. Un vrai petit bonheur.

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