Petit bonheur numéro trois cent dix sept : l’herbier de Papi

Ce petit bonheur là a mis l’été entre deux buvards.

La couverture est tachée. Cornée même. Une belle étiquette se décolle un peu sur le carton. De sa belle écriture plume sergent major, l’enfant avait écrit Herbier de Paul.

Paul n’avait plus les cheveux blonds. Ses mèches blanches cherchaient toujours à fuir sous sa casquette. Et s’il n’avait plus dans les poches des trésors de la foret, il gardait entre deux feuilles de papier journaux des souvenirs des printemps passés.

Les premières pages étaient consacrés aux spécimens volés discrètement dans le jardin de sa mère. Des brins de lavande, une rose, une anémone qui finissait d’étaler ses pétales épinglée sur la feuille jaunie.

Puis, il y avait les feuilles du grand chêne qu’avait planté son grand père. Il  trônait encore celui-là, semant sa progéniture dans l’ombre des ses branches centenaires. Le noyer en revanche n’avait pas eu cette chance. Foudroyé un soir de tempête, il avait finit en planche. Ne restait comme souvenir de son passage sur terre qu’une feuille cornue collée dans l’Herbier de Paul.

Il y avait aussi les fougères, les feuilles d’érables, celles du figuier, trois sortes de pommier, quatre longues feuilles de bambou, un souvenir de la rizière du Vietnam rapporté par son père, un autre d’un baobab croisé un jour au Sénégal par un ami. Il y avait des pages et des pages, des cahiers, reliés ensemble par un lacet. Le carton est prêt à craquer. Des centaines d’espèces et autant de pages identifiée avec soin.

Paul ne laissait jamais ses enfants feuilleter sans surveillance le livre de sciences. A son bureau, au retour de promenade, il s’appliquait à faire sécher les trouvailles dans des journaux, pressées entre deux dictionnaires.

Les après midi de pluie, il collait avec précaution les longues feuilles séchées. Ses lorgnons au bout du nez, il s’appliquait à bien détourer chaque brindilles et à coucher sa belle écriture au bas de la page. Une date. Un lieu.

Paul laissait maintenant ses petits enfants feuilleter le livre de sciences. Il souriait quand, de retour de leur Tour du Monde, les plus grands des petits lui rapportait un petit bout de feuille, précieusement pressé entre le Guide du Routard et le Guide Vert. De ces routes qu’il n’avait jamais vu, mais que ces arbres lui racontaient.

Un vrai petit bonheur.

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