Petit bonheur numéro trois cent huit : un souvenir

Ce petit bonheur là s’en construit chaque jour de nouveaux.

La mémoire est une vaste imbrication de sens.

La mémoire a une odeur. Ou plutôt des odeurs. Celle de la lessive de Maman, celle du parfum de Mamie, celle du gâteau au chocolat qui cuit dans le four, celle de la tarte aux abricots et des pommes de terre sautées. La mémoire se souvient de l’odeur suave de la terre sèche enfin arrosée, de celle du bébé naissant et de celle, sucrée, de son premier parfum. La mémoire n’oubliera jamais l’odeur de l’autre Aimé, celle de son cou, de ses draps et des matins café- tartines partagés à deux.

La mémoire a de l’oreille. Un mot qui réveille en nous une histoire. Une voix aux intonations graves. Celle du père qui nous appelle, celle de Maman qui berce. La mémoire a en tête des bouts de phrases, des mélodies, des chansons et des comptines, des rythmes et des quotidiens. La cloche de l’école, la sonnette des voisins.

La mémoire a du goût. Celui du fameux gâteau au chocolat, de la tarte aux abricots et des pommes de terre sautées. Celui des baisers. Celui des sucettes et des rouleaux de réglisse. Elle se souvient du froid de la glace et du brulant du chocolat cuit sur le palais.

La mémoire a vu. Elle a vu les visages, les formes, les couleurs. Elle stocke dans ses méandres le flou des rêves et le vrai du monde.

La mémoire caresse. Du rugueux de la table de la cuisine de Mamie aux ridules de ses joues. Du doudou que l’on a promené aux barbes drues qu’on a aimé.

La mémoire se souvient de tout. Rien n’est tout a fait oublié. Le tableau est précis, puis il s’estompe dans une oeuvre impressionniste. La mémoire comble les vides en se racontant des histoires. La vie telle qu’elle a été devient la vie telle qu’elle aurait pu être. Rien n’est tout a fait faux, rien n’est exactement juste. La mémoire vit, comme une forme mouvante, ajoutant sans cesse à son tableau de chasse de nouveaux moments.

On pensait avoir perdu le fil. Et soudain, au détour d’un gâteau au chocolat, d’une vieille table en bois ou d’une main ridée, nous revoilà plongé dans la rêverie d’un souvenir que l’on croyait perdu, que l’on avait oublié. La mémoire se souvient pour nous d’où nous venons et qui nous sommes. Un vrai petit bonheur.

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