Petit bonheur numéro deux cent quatre vingt onze : manger avec des baguettes

Ce petit bonheur a encore faim…

Mademoiselle et Monsieur ont décidé que ce soir, ni l’un ni l’autre n’enfilerait le tablier. Ce soir, ni l’un ni l’autre serait responsable de l’éponge.

« Non, ce soir, on se fait un resto » annonce Monsieur.

Mademoiselle hoche la tête sans hésiter : « Allons-y. »

Ce pourrait être crêpe. Ou bien pizza. Ou encore choucroute. Ou paëlla. Ou alors libanais. Non, ce sera chinois.

Le dragon rouge agite mécaniquement la patte sur le comptoir. La serveuse les salue, les mains jointes, et désigne une table au fond. La nappe est rouge, les assiettes blanches, liseret doré, serviette en éventail rouge vif.

Mademoiselle accroche sa veste au dos de sa chaise. Monsieur commande une bière chinoise et un cocktail pour Mademoiselle. Et deux menus du soir. Mademoiselle opte pour le poulet au caramel. Monsieur les crevettes sautées.

« Couverts ou baguettes ? »

« Baguettes »

A l’unanimité.

Les deux ont faim. Les deux attendent avec impatience de sentir les saveurs exploser en palais. Les deux estomacs réclament de gouter les spécialités.

Les nems arrivent. Pas de piège, les deux roulent leur nems dans la salade et le plonge dans le petit pot de sauce. Ca sent bon, c’est parfumé. C’est du plaisir à l’état brut. Un petit plaisir qui réveille les ardeurs de l’estomacs.

Alors, forcément, quand les plats arrivent, les yeux gourmands les dévorent. La serveuse tend deux jeux de baguettes. Les choses se compliquent.

La première baguette comme un stylo. La seconde, plus ou moins sur le pouce. C’est la théorie. Dans les faits, Monsieur comme Mademoiselle se servent du bois comme d’une pelle, mangeant le riz grain par grain. Les deux râlent en tentant, tant bien que mal, de saisir un morceau de crevette ou de poulet. Monsieur finit par y mettre les doigts. Mademoiselle pique le bois dans la viande sans ménagement.

Peu à peu, les baguettes se domestiquent. Le riz atteint presque la bouche. Mais un mouvement des doigts trop secs et hop, voilà, tout sur les genoux. Mademoiselle râle. Monsieur rit.

Les assiettes diminuent à peine, grain par grain.

Alors, comme par enchantement, la serveuse revient vers la table. Elle pose une carafe d’eau près des deux assiettes. Et deux paires de couverts. Sans un mot, juste avec un petit sourire complice.

Un vrai petit bonheur.

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