Petit bonheur numéro deux cent quatre vingt dix : l’antiquaire

Ce petit bonheur là touche avec les yeux.

La petite boutique se fait discrète, dans une rue sans lumière, où les pierres blanches sont sorties des carrières quand les ancêtres de Mademoiselle était encore de braves sujets de Louis XIII. La boulangerie à gauche et le libraire à droite sont ces compagnons de routes depuis près de 5 décennies. Les hommes ont changé. Les boutiques sont restées.

Derrière son comptoir, dans un fauteuil Louis Philippe, le propriétaire attend le chalant. Parfois des heures. Parfois des jours.

Quand la porte tinte, il lève la tête, regarde le nouveau venu par dessus ses lunettes, lance un « bonjour » et retourne à sa lecture. C’est le plus fidèle client du libraire.

Mademoiselle vient parfois y prendre un peu la poussière.

La petite cloche joue les chef de gare. Elle annonce, la porte à peine poussée, que le voyage dans le temps va commencer.

Le long de la vitrine, l’antiquaire a posé des caisses de vieilles cartes postales. Mademoiselle les passe en revue, l’une après l’autre. Elle détaille ces visages qui fixent l’objectifs, ces campagnes qui n’ont finalement pas tant changé. Elle se demande si le chêne qui sert d’abris pour la fête des moissons en 1823 est toujours profondément enraciné. Et s’il a toujours en mémoire les gourdes et les gamelles, les épis et les tabliers. Elle se demande si, dans le lot de ces visages, certains lui ont légué un nez, un sourire, une façon de tapoter son menton ou bien un timbre de voix.

A côté des caisses à cartes postales, les étagères à trésors. Des objets en tous genres dont plus grand monde ne sait se servir, dont personne n’a plus l’usage. Un rouleau à ravioles. Un moulin à café. Un fer à repasser. Une collection de fer à cheval. Des rabots, des faulx, des outils d’un autre moment, d’une histoire pas si lointaine.

Il y a aussi une voiture d’enfant, un cheval à bascule, une poupée, un cadre dans lequel deux jeunes mariés se sourient, des médailles, des croix, des chapelets, des statuettes, une paire de ski en bois et des appeaux.

Le long du mur, une bibliothèque laisse de vieux manuels d’école prendre leur retraite. Une bible finit de se décomposer. Un ou deux volumes d’une ancienne encyclopédie jaunissent régulièrement.

Dans une vitrine, un bracelet et deux bagues, des boucles d’oreille en perle et des objets funéraires. Mademoiselle se penche pour examiner un médaillon qui cache la photo minuscule d’une jeune femme.

Rien d’antique chez l’antiquaire. Juste des souvenirs agglomérés, des petits bouts de vie et d’histoire qui attendent qu’on leur redonne une mémoire. Un petit bout d’autrefois pour se construire une légende. Un vrai petit bonheur.

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