Petit bonheur numéro deux cent quatre vingt six : la fête des voisins

Ce petit bonheur là ne fait rien en même temps que les autres.

Oui, bien sûr, la fête des voisins est en juin. Oui, mais en juin, les voisins n’étaient pas là. Et puis les autres voisins, ceux d’en face, étaient retenus. Et enfin, la dame du bout de la rue devait accoucher. On avait donc décidé que l’on attendrait un peu pour diner tous ensemble.

L’été est passé. L’automne est là. Avant que la pluie ne tombe froide et drue, la rue a décidé de sortir les tables sur la petite place et de déjeuner ensemble.

La semaine précédente, les téléphones ont fonctionné jusqu’à en chauffer les oreilles. Et quand cela ne suffisait pas, les consignes étaient échangées au dessus d’une haie ou devant les boîtes à lettres groupées. Madame T viendra avec des poulets. Monsieur et Madame G avec des salades. Le vieux Monsieur R, veuf depuis quatre mois, apportera le pain. Les retraités du bout de la rue ont promis de venir avec des haricots verts du jardin et les dernières tomates. Monsieur et Mademoiselle prépareront des tartes aux pommes et des salades de fruits.

Au matin, les messieurs ont sortis les tables et les bancs. On a complété avec des chaises. Les enfants du quartier, euphoriques, ont investi les trottoirs et les ballons sautent de jardin en jardin. Les plus grands arpentent la rue à vélo, les petits ont laissé les trotinettes contre le caniveau.

Sur les tables, on a tendu les nappes blanches. Dans un coin, Monsieur R a fabriqué une urne, pour partager les frais. Des assiettes dépareillées, des verres de cantines et des couverts venus de toutes les ménagères du quartiers. Les verres tintent et s’entrechoquent. On trinque à la rue, aux voisins, aux anciens locataires, partis l’été d’avant, aux nouveaux nés. On picore des biscuits salés, les cakes au comté et au chorizo de Mme S, toute fière d’en donner la recette. Une petite fille sagement peignée de deux nattes passent de groupe en groupe distribuer des serviettes en papier.

Entre deux éclats de rire, la rue prend le temps de se connaitre. Les voisins, peu à peu, osent se tutoyer. S’appeler par leur prénom. La vieille dame du bout de la rue, celle qui effraie les enfants, fait sensations en leur offrant ses confitures maison. Les retraités proposent de garder les petits de Madame G quand elle aura besoin d’emmener le bébé chez le pédiatre. Monsieur R propose à Monsieur T de lui réparer sa tondeuse.

La rue résonne de bruits inattendue, bien loin de son quotidien.

A l’heure du café, les ados ont improvisé un petit concert à la guitare. Les plus petits, les yeux grands ouverts, admirent au premier rang les talents de leurs aînés. Dans les bras de Mme S, qui ont bercé tant d’enfants, le nouveau né s’endort.

La rue n’est plus réduite à une plaque en émail avec un nom. Ce n’est plus simplement cet amas de boîtes aux lettres  et ces saluts discrets échangés par dessus les clôtures. Un vrai petit bonheur.

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