Petit bonheur numéro deux cent soixante dix neuf : visiter un musée

Ce petit bonheur là n’a pas pris l’audioguide.

Les musées de province ont le charme désuet des appartements d’une grande tante restée vieille fille. Sur les étagères à peu près propres s’entassent des bibelots en tous genres, que l’on regarde curieux et un peu inquiet, se demandant comment Tata a fait pour dégoter de pareils objets. Et quand on avance la main pour y toucher, les gros yeux de Tata arrêtent le geste, sans une parole, se contentant de faire claquer sa langue contre son palais, en vous regardant par dessus ses lunettes d’écailles accrochées à son cou par un cordon de perles.

A l’entrée du musée, la préposée vend un billet, maladroitement détaché de la souche. Numéro cent vingt cinq. Un 6 octobre. L’année a du être longue derrière le comptoir de bois où le vernis s’écaille. Elle tend aux visiteurs un petit dépliant et le plan des quatre salles. L’entrée est largement signalée par un grand panneau fléché, accroché à une énorme chaine.

La première salle expose mollement ses tableaux. Rien de bien original, rien de bien révolutionnaire. Des cadres un peu branlants, des paysages un peu ternes. Un nom, une plaque, une biographie. Un artiste local qui a eu un peu de renom, un jour. Le genre que l’on devait inviter dans les bals en espérant qu’il vienne et que l’on faisait parler de ses connaissances à Paris. A qui on demandait son avis sur la nouvelle république et sur le cas Caillaux.

Une sculpture dévoile sans pudeur ses formes nues. Une très jolie pièce, copie d’un moulage original. Cette fois, le nom de l’artiste est connu. On s’attarde plus longuement.

Dans la deuxième salle, un peu de vaisselle. Celle des comtes qui régnèrent il y a 500 ans sur la région. De l’orfèvrerie de maîtres, qui après avoir dormi dans des placards, dort maintenant dans des vitrines. Le nez collé à la vitre, on se demande comment on a pu servir la soupe dans d’aussi clinquants récipients. Comment on a pu se servir de ses coupes au pied d’or pour boire du vin coupé à l’eau.

Le trésor du musée est dans la salle du premier étage. Les parures des comtes. Deux ou trois costumes restaurés par les soins du club couture, très largement remercié dans un long paragraphe. Et surtout, le diadème en nacre, argent et perle de la comtesse. La vitrine est blindée et sous alarme précise une note fixée sur une plaque au coffrage.

Dernière salle, quelques maquettes du château, quelques malles d’époques, un chandelier, un tableau, un tapis, des cartes. Un petit monde à part, une fierté discrète, un patrimoine qui se garde jalousement. Un petit bonheur.

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