Petit bonheur numéro deux cent soixante quatorze : casser une noix

Ce petit bonheur là se la joue à la Popeye.

En revenant de chez le primeur, Mademoiselle s’est arrêtée chez la voisine. La vieille dame, en tablier blanc, était assise dans la cuisine, un grand panier sur genoux.

« C’est les noix du noyer de l’enclos, derrière la ferme. Je prépare une tarte pour ce soir. Mais prenez en, tenez la Petite, regardez… »

La vieille dame plongeait ses mains noueuses dans l’énorme panier et en sortait des poignées de noix fraiches. Elle remplit un sachet et le temps à Mademoiselle. La jeune fille repart, après deux baisers sur les joues ridées.

Au diner, Monsieur et Mademoiselle en sont à éplucher chacun leur pomme quand Mademoiselle se souvient du sachet kraft. Monsieur joue les forts, et casse une noix dans sa paume. Mademoiselle va chercher un casse-noix. Monsieur se lasse d’appuyer comme un fou sur la coquille trop solide. Il se décide pour craquer la noix avec son opinel. Il enfonce doucement la lame dans l’encoche et fait jouer les deux bords. Mademoiselle en est à deux noix ouvertes.

Les cerneaux frais, presque crèmes, brillent sous la lumière blanche du salon. Dans quelques semaines, ils seront jaune tabac. Sous l’appareil en métal froid, la noix tiède se laisse enserrer. Et puis soudain, ça craque. Le bois se fissure. Le bois résiste. Mais il cède toujours. Le fruit tendre et ses mille pliures se laisse croquer sous la dent. Un vrai petit bonheur.

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