Petit bonheur numéro deux cent soixante neuf : avoir un marron dans la poche

Ce petit bonheur là est tout lisse et brillant.

Mademoiselle frissonne en ouvrant la porte. L’automne est bien là. Sur la patère, la petite veste d’été semble bien légère pour affronter les premières bourrasques du vent d’est. Mademoiselle se décide pour le caban de l’automne dernier, celui avec des boutons carrés et une capuche à ourlet rouge, du même rouge que les poches.

Les clés à la main, Mademoiselle évite les flaques sur le trottoir. Elle enfonce les mains dans ses poches.

Sous un paquet de mouchoirs entamé, elle sent une forme presque ronde, une forme dure et lisse. Mademoiselle sourit. Elle vient de mettre la main sur son porte bonheur du second semestre, son petit marron tout juste sorti de sa bogue, qu’elle ramasse religieusement chaque année, devant l’école.

Tout a commencé quand enfant, elle attendait qu’un grand vienne la chercher après sa journée de classe. Sous le grand marronnier, avec les autres enfants, elle patientait parfois de longues minutes avant de voir arriver la nounou, la Mamie ou plus rarement, la Maman. Alors, elle cherchait dans la cour le plus beau des marrons qu’elle glissait invariablement au fond de son cartable. A la fin de l’automne, elle en avait toute une collection que Papa se proposait d’aller planter en forêt. Un jour, il avait même accepter d’en planter un dans le jardin, au coin de la maison. C’était il y a plus de 25 ans. Aujourd’hui, les longues branches dispensent leurs ombres clémentes au coeur des grosses chaleurs.

Plus grande, sur le chemin de la fac, elle choisissait son marron dans l’allée qui menait à l’arrêt du tramway. Parfois, il lui fallait plus d’une semaine avant de trouver le bon, le beau, celui qu’elle garderait dans sa poche toute l’année.

Et, chaque année, l’automne revenu, elle en choisissait un nouveau. L’ancien était alors planté en forêt. On ne sait jamais.

Le marron dans la poche, Mademoiselle serrait dans sa main la forme ronde et dure. Parfois, elle le sortait au grand jour, et dans le creux de sa paume, regardait les reflets brillants sur sa surface lisse. Un coeur tout doux dans une coque hérisson. Un petit peu comme elle finalement. Un vrai petit bonheur.

Publicités

Une réflexion sur “Petit bonheur numéro deux cent soixante neuf : avoir un marron dans la poche

  1. Pingback: Petit bonheur numéro trois cent quarante quatre : enfoncer les mains dans les poches | 365petitsbonheurs

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s