Petit bonheur numéro deux cent cinquante neuf : souffler ses bougies

Ce petit bonheur là ferme les yeux et fait un voeu.

Ce jour n’arrive qu’une fois par an.

Ce matin là, on se réveille un peu plus vieux que la veille, comme chaque jour. Mais ce matin là, pour symboliser le temps qui passe, on ajoute un an à notre âge.

On se lève un peu joyeux, en se disant qu’il y aura bien un ami pour y penser, un collègue pour s’en souvenir. On se demande ce que faisait Maman, à la même heure, il y a quelques années, deux ou trois décennies, juste avant qu’on lui en fasse voir de toutes les couleurs.

On se souvient du jour de ses cinq ans, quand Mamie avait fait un gâteau formidable en forme de clown. Et celui de ses quatorze ans, quand Matthieu de la classe d’à côté nous avait embrassée. On se souvient des fêtes d’anniversaire dans le jardin de Papi, des ballons de baudruche accrochés au portail. De la poignée de bonbons que donnait la maîtresse ce jour là. Et de la classe qui se levait, juste avant la sonnerie, pour chanter « Joyeux Anniversaire » en choeur.

On se débarbouille devant le miroir de la salle de bain en se demandant combien de temps encore on gardera une mine pas trop fripée. On se regarde dans les yeux, on cherche la petite bête, et puis on se dit que finalement, on est pas si mal.

Au moment du café, on ouvre le courrier et on sourit en tombant sur la sempiternelle carte de la Marraine-qui-n-ecrit-qu-a-cette-occasion. D’ailleurs, on rougit un peu en se souvenant qu’on ne sait même pas quand tombe son anniversaire à elle. Et la carte finit sur le frigo, en attendant d’atterrir, d’ici deux ou trois mois, dans la boîte à chaussure où vieillit le courrier.

Au bureau, les collègues saluent. Puis soudain, la comptable nous saute au cou : « c’est pas ton anniversaire aujourd’hui??? » et tous les autres s’y mettent. On se fait embrasser par l’ensemble de la boîte. Même le patron y va de son bisou. Et à midi, il revient avec une boîte de chocolats. A la cantine, le collègue nous laisse la dernière mousse au framboise : « c’est quand même ton anniversaire« . Sur l’ordinateur, on a reçu 26 mails et le portable recense 35 appels ou messages.

Le soir, un bouquet attend devant la porte. Avec une carte de Maman. Et un homme sur le canapé.

« Je me suis occupé de tout. Tu n’as qu’à te mettre à l’aise ».

On se dit que vraiment, c’est une jolie journée. Et que s’il y en a eu une vingtaine, une trentaine d’autres, ils sont toujours aussi bien.

Au moment du dessert, il tend un paquet, et ses dix doigts dressés :

« J’ai pas trouvé de bougies, t’as qu’à souffler mes doigts. »

« Attends, souffle pas tout de suite, tu dois faire un voeu. »

On ferme les yeux. En espérant en fêter des dizaines et des dizaines encore comme cela. Puisqu’on ne peut pas s’empêcher de vieillir, autant que l’on fête l’expérience accumulée et les souvenirs que l’on se bâtit. C’est un vrai petit bonheur.

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