Petit bonheur numéro deux cent cinquante sept : piocher dans la boîte à bijoux de Maman

Ce petit bonheur essaie la parure de bracelets colorés.

Maman pliait les draps dans sa chambre. Elle a demandé à Mademoiselle de l’aider, après le déjeuner.

Devant le grand lit parental, Mademoiselle s’applique à effacer les faux plis, joindre les bouts, et tendre les tissus. Il y avait bien longtemps qu’elle n’était plus venue dans la chambre de ses parents. La dernière fois, elle devait avoir encore l’âge de porter son sac de classe sur une seule épaule et de mâcher des chewing-gum.

En face du lit, le grand rocking chair où petite, elle se laissait bercer. Le valet où Papa posait sa veste de costumes en entrant. La grande armoire qui grince quand on l’ouvre et dont la clé est posée au clou, sur la poutre qui fait l’angle. Mademoiselle a toujours soupçonné ses parents d’y enfermer les cadeaux de Noël ou des anniversaires. Les étagères où s’empilent les lectures de Maman et les journaux de Papa. Et puis la coiffeuse et son tabouret. Sur le coffre en bois, la boîte à bijoux de Maman et ses petits tiroirs secrets.

« Je peux? »

Mademoiselle tend la main. Le coffret s’ouvre, dévoilant son ventre de tissu tendu et ses compartiments cosy. Dans ses entrailles, des bagues paressent, affichant négligemment leur saphir, leur rubis, leur pierre grise. Une paire de boucle d’oreille en perle blanche se cache, assortie au collier. Un cadeau de Papa pour un anniversaire de mariage. La petite bague qui n’ornerait plus qu’un auriculaire est un souvenir de communiante. Et la broche en clé de sol un héritage d’une arrière grand mère violoniste. Dans le tiroir du bas, Maman a rangé ses bijoux de jeunesse, des breloques sans autre valeur que celle de lui rappeler ses années boums. Une parure de bracelets clinquants, des boucles d’oreilles immenses, des anneaux colorés, des colliers d’ambre, des assemblages de plumes, un énorme bracelets en plastique jaune et son compère bleu turquoise. Mademoiselle les essaie, tente d’associer les plumes au collier en laiton, et la broche clé de sol. Les sautoirs lui descendent presque au nombril. Le vert, elle se souvient l’avoir porté enfant, quand on l’avait déguisé en princesse. Quand la boîte à bijoux renfermait alors les secrets d’une dame, quand elle n’avait le droit que de regarder avec les yeux, tandis que Maman mettait du rouge à lèvre en s’appliquant, devant sa coiffeuse.

Maman, justement, les yeux dans le vague, regarde la bague au chaton saphir.

« Celle là, c’est ton père qui me l’a offerte. C’était son premier cadeau.  » Maman la repasse à son annulaire.

« Elle me va toujours on dirait… »

Et c’est un vrai petit bonheur.

 

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