Petit bonheur numéro deux cent cinquante deux : la limonade

Ce petit bonheur là pétille sous la langue.

C’est un souvenir d’enfance qui chatouille le palais. La vieille dame avait les cheveux blancs, en longues boucles sur la nuque. Elle n’avait jamais eu d’enfants. Ni de mari d’ailleurs. Mais les enfants de sa soeur lui avait un peu creusé les reins, à force de câlins, et usé les joues, à force de bisous. Les enfants ont grandi. C’est au tour des petits enfants d’être chouchoutés par la vieille dame en tablier.

Les trois petits viennent frapper. Leur grand-mère suit, un panier à la main.

« J’ai apporté le goûter« .

La vieille tante essuie ses mains sur son tablier. Sa blouse à fleurs est un peu déchirée au coude.

« Mettez vous sous le tilleul, j’apporte à boire ».

Les deux soeurs disparaissent en cuisine, les petits tirent les chaises le long de la grande table. L’aîné sort le gâteau du panier, la cadette pousse les feuilles mortes de la table.

Les deux femmes reviennent, assorties de cheveux, assorties de tablier. Difficile de dire qui est l’aînée. L’une porte un plateau. En équilibre, les verres tintent, les tasses s’entrechoquent. L’autre porte le café dans une main, la limonade dans l’autre.

Cette limonade, c’est la vieille dame elle même qui la fabriquait. Tous les deux jours, dans sa cuisine, elle jouait les alchimistes, filtrant l’eau citronnée au dessus d’un pot en grès. Elle y mettait les ferments blancs, y plongeait une figue. Il fallait laisser mariner deux jours. Et pendant que la limonade prenait, la vielle dame mettait en bouteille celle réalisée deux jours plus tôt. Les bouteilles en verre était une à une refermées, mise sous pression, et rangées sur les étagères de la cave.

Quand la vieille dame décapsulait la longue bouteille transparente, le « pschiit » caractéristique retentissait dans la cuisine.

Elle remplissait alors les grands verres à orangeade. Le liquide pétillant crépitait. Des petites bulles éclaboussaient les joues des enfants, trop curieux, qui se penchaient au dessus de la table. A peine servis, si tôt engloutis. Les mains retendaient les verres :

« on peut en ravoir s’il te plaît »

« Elle est trop bonne ta limonade Tatie« .

La vieille dame souriait. Et c’est un vrai petit bonheur.

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