Petit bonheur numéro deux cent vingt deux : l’église du village

Ce petit bonheur là cherche la fraîcheur entre les vieilles pierres.

Le village ressemble à tous les villages. Quelque part niché au creux d’un chemin, entre un bois de châtaignier et un étang. Quelque part, n’importe où, entre le ciel et les sillons creux.

Le village a été bâti il y a des décennies, des siècles peut être. Des hommes ont tracté les pierres, à dos d’ânes, à d’eau de la rivière. Ils ont sué sang et eau pour monter la roche le long du chemin caillouteux. Ils ont creusé leurs rides à grands cris de « hissé haut ». Des chevaux sont morts, épuisés. Des hommes sont morts aussi, sous le poids des travaux.

Des décennies, des siècles plus tard, le village blanchi au soleil paresse du repos du juste. A peine un peu moussue sur le coin d’un toit. A peine un peu émoulue sur un coin de charpente.

Monsieur et Mademoiselle ploient sous la chaleur épaisse. Moite. Les mains nouées, ils flânent dans les ruelles, au hasard des impasses, au détour des bacs de géraniums. Le long de la façade en pierre, une rose trémière laisse éclater ses boutons rouges. Sous son large chapeau, Mademoiselle cache ses yeux derrière des lunettes noires. La sueur se fraye un chemin entre ses omoplates.

Palpitante, au coeur du village, la cloche bat sans ciller. L’écho file vers le bois, résonne sur l’étang. Un coup. Deux. Trois. Puis de nouveau le silence. 59 minutes de silence. Le temps poursuit sa fuite sans bruit. Seul témoin, une ombre au tableau.

Mademoiselle pousse la lourde porte en bois. Les yeux à demi clos, elle sent la fraîcheur humide pénétrer sa peau. Son dos se fige, glacé soudain. Dans la lumière jaune des vitraux, la nef semble paisible. Les bancs en vieux bois s’alignent sagement. Les statues contemplent sans bruit le temps qui file. Mademoiselle s’assied, doucement, sur le dernier banc. Sans prière, sans mot. Juste dans la fraîcheur tranquille d’une église de village. L’été s’écoule, comme les années d’avant, comme les siècles d’avant. Combien de baptêmes, combien de genoux sur le bois, combien de regards distraits au milieu du missel, combien de confidences et combien de larmes. Et combien de petits bonheurs.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s