Petit bonheur numéro deux cent douze : chercher une station de radio

Ce petit bonheur oscille entre 87 et 107…

La bande FM est une ligne de métro. A chaque arrêt son ambiance, à chaque station son décor. Et chacun son itinéraire. Chacun son habitude.

Dans la salle de bain, le poste est calé sur une fréquence, toujours la même. Parce qu’à l’heure où l’on se brosse les dents, chaque matin, sur cette fréquence, une voix donne la météo dans le coin. Un élément capital pour Mademoiselle, encore en petite culotte, qui hésite sur le choix de la robe ou du pantalon.

Dans la cuisine, autre ambiance. Les infos en continue. Pour écouter le monde qui s’ébranle en dosant le café dans le filtre.

Dans la voiture, six stations sont pré-enregistrées. Mademoiselle démarre. Le moteur tousse, le frein a main est desserré. Dans les hauts parleurs, une voix passe en revue les Unes des journaux. Puis c’est la pub. Mademoiselle ne supporte pas la pub. Elle passe sur la deuxième station. Une chanson des années 80. Troisième station. Une analyse de la situation géopolitique en Azerbaïdjan. Surement passionnant mais Mademoiselle appuie immédiatement sur la quatrième station. Un philosophe philosophe sur le sens de la philosophie. Cinquième. La radio crachotte. Dans un nuage sonore incompréhensible, quelques mots émergent parfois. Des tzzzzzz, des chhhhh et puis un « aujourd’hui », un « président », chhh, tzzzz tzzzzz pshhhhhdéhdhhhehhh. Mademoiselle appuie sur le sixième bouton. Un concerto en do majeur.

Mademoiselle passe en mode manuel. Elle laisse la mécanique chercher des phares au milieu d’un océan d’ondes. Une ancre freine le voyage de temps en temps. Quelques mots, quelques phrases, des gens, des voix quelque part dans un studio. Et puis la course reprend, et le bateau s’arrête un peu plus loin, dans un autre port.

Le long de la route, dans cette voie FM, les voix interpellent, les voix veulent arrêter, comme des camelots dans un marché. Mais Mademoiselle continue. Les voix font des scènes, les voix saisissent. Comme autant de fenêtres éclairées le long d’une voie de campagne, autant de scènes de vie entr’aperçue derrière les volets.

Au milieu du brouhaha, le silence s’impose, entre deux voix, entre deux scènes. Mademoiselle écoute les voix lui parler du monde. Elle écoute les voix rire au loin, chanter parfois, s’écharper souvent. Elle écoute les voix, démêle les fils dans une pelote FM surchargée. Parfois, elle passe en grandes ondes. Les voix sont les mêmes, les mots n’existent plus. Il n’y a que de mélodies humaines, dans des langues trop étrangères pour que Mademoiselle en perçoive le sens. De temps à autre, un mot en anglais, une phrase en allemand.

Les voix ne se taisent jamais. Le monde FM ne connait pas ce silence. Mademoiselle coupe la radio. Les voix parlent ailleurs, plus loin, mais Mademoiselle ne les entend plus. A chercher, à fouiller, à tendre des oreilles attentives, le kaleidoscope se dessine, comme autant de mondes à écouter. Ou à taire. Et c’est un vrai petit bonheur.

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