Petit bonheur numéro deux cent huit : la confiture de fruits rouges

Ce petit bonheur là s’est fait prendre les doigts trempant dans le chaudron.

La voisine est passée ce matin. Elle a déposé sur la table de jardin, à l’ombre du grand chêne, un énorme panier de groseilles, de framboises et de cassis. Et, attaché à l’anse en osier, un petit mot :  » en vous souhaitant de bonnes confitures« .

Monsieur et Mademoiselle ont passé près d’une heure, un tablier chacun leur serrant les hanches, à équeuter l’énorme panier. Le jus des fruits bien murs coulent en longues rainures sur la table blanche, imbibant le papier journal posé par précaution. Petit à petit, le tas de fruits prêts à être rincés et bien plus gros que le tas de feuilles et de queues vertes.

Mademoiselle apporte la passoire près du puits, laissant couler l’eau dans une large bassine. « Hop, grand bain pour tout le monde« .

Les baies font trempette, Mademoiselle les brasse délicatement puis les égoutte, laissant tomber grains à grains les fruits dans un chaudron, en équilibre sur une balance. Le chaudron de cuivre rutilant pèse de plus en plus lourd. Puis, Monsieur vient aider à porter le chaudron jusque dans la cuisine.

Sur le feu, Mademoiselle tourne lentement la mixture, y ajoutant quasi le même poids en sucre.

Le jus noire bouillonne. La mousse remonte, dans un bain bouillonnant, régulièrement écumée. La mousse est versée, doucement, dans une grande assiette creuse. Le jus s’épaissit, la cuiller en bois en sort chaque fois plus noire, plus collante. Monsieur tourne autour du feu, une petite cuiller à la main. Il voudrait bien gouter le sucre cuit, mais sa langue se retire immédiatement, brulée par le jus noir.

Mademoiselle verse à grandes louches le jus dans un presse purée, bien ajusté sur un saladier. Monsieur tourne le moulinet. La confiture coule en jus épais dans le saladier en verre. Un saladier. Et puis un demi.

Les pots sont alignés sur la table de la cuisine. Un à un rempli à la louche, fumant d’un manteau épais de brume sucrée. Mademoiselle remplit, Monsieur vise le couvercle et retourne les pots en soufflant sur ses doigts.

Une douzaine de pots attend désormais sur le bois de l’étagère, au dessus des livres de cuisine, juste à côté des bocaux de tomates. Mademoiselle, de sa plus belle écriture, note sur les étiquettes Confiture de fruits rouges, 2013. Deux pots sont mis de côté, dans le fameux panier. Ils iront vieillir dans une autre cuisine, celle de la voisine. Et c’est un vrai petit bonheur.

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