Petit bonheur numéro deux cent six : les mots

Ce petit bonheur là s’applique à prononcer.

Il parait que dans toute une vie, un Français emploie en moyenne 5 000 mots pour un usage quotidien. Parfois un peu plus, parfois un peu moins.

Il parait qu’avec 300 mots bien choisis, on peut se débrouiller dans une langue qui nous est étrangère.

Il parait que le dictionnaire contient plus de 70 000 mots. Alors qu’en est il des 65 000 mots qui ne servent que de temps en temps, parfois jamais? Tous ces mots qui attendent, coincés entre deux pages, ignorés du quasi commun des mortels ?

Même en admettant que les 5 000 mots utilisés au quotidien par les Français en moyenne ne soit pas les mêmes pour tous, il reste quand même une marge imposante. On peut par exemple partir du principe que la profession des bouchers ou des restaurateurs n’a pas dans son vocabulaire quotidien, et donc dans ses 5 000 mots moyens, les mêmes mots que la profession des coiffeurs ou celles des informaticiens.

Combien de mots ne vivent que sur une ligne de papier, seule témoignage de leur existence, sans palpitation sur la langue, sans roulement en bouche, sans raclement de gorge ? Pour un jour disparaitre, effacés du livre de référence. Les mots meurent comme les hommes.

Dans son sac à main, Mademoiselle a un petit carnet. Tout petit. A peine plus grand que la plus petite boite d’allumettes en vente dans les rayonnage.

Dans son carnet, Mademoiselle a des mots. Des mots sans lien, sans parenté. Des mots qui, prit chacun à la suite, ne forment ni phrase ni sens. Des mots qui ne doivent leur présence qu’à un seul et unique critère. Mademoiselle les aime.

Bougainvilliers.

Micocoulier.

Hallali

Ensacher

Poivre

Interlope

Doryphore

Phascolome

Pourpre.

Le but n’est pas le sens. Seul le roulement en bouche compte. Seul le son claquant sur les dents, revenant du récif pour franchir la barrière de corail. Le son nait au fond du corps, et sort dans une expiration, lâché comme une bulle, faisant vibrer l’air et rompant le silence.

Parfois, Mademoiselle se les répète, sans bouger les lèvres, laissant son imagination et sa mémoire faire résonner le son au fin fond de son crâne. Parfois, elle les murmure. Comme une brise fraiche, laissant les dizaines de muscles de son visage former et déformer les syllabes.

Tarasque.

Tropisme.

Petit

Bonheur.

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