Petit bonheur numéro deux cents : la première tomate

Ce petit bonheur là est 100% bio.

Le potager de Monsieur et Mademoiselle a pris ses aises. Loin du tumulte quotidien, il étend ses racines dans la terre meuble et noire. Les tomates ont du prendre appui sur les tuteurs en bambou, les courgettes allongent leurs larges feuilles et leurs fruits verts grossissent sagement sous le soleil d’été.

A force d’arrosoirs servis frais à la tombée du jour, à force de binage et d’arrachage de mauvaises herbes, le potager de Monsieur et Mademoiselle rend la pareil, travaillant au silence pour le garde manger.

Hier, Monsieur, en paillant les courgettes, a interpellé Mademoiselle, qui taillait le persil : « Viens voir, vite… »

Mademoiselle a tout lâché et se précipite vers son homme en sueur, le chapeau de paille vissé sur ses cheveux courts.

« Là, regarde... »

Entre les feuilles vertes et les fleurs jaunes, une tache rouge orangée dissimule sa timidité derrière les gourmands mal taillés. La grosse balle rouge brillante se laisse contempler, amusée de l’étonnement naïf du jeune couple jardinier-en-herbe(s) (aromatiques)…

La première tomate.

Ce matin, en partant, ils ont tous les deux jeté un coup d’oeil attentif à la nouvelle venue. Elle est toujours là. De plus en plus rouge.

En rentrant du travail, le couple a pris le chemin du carré de légumes. Monsieur arrache quelques herbes folles, Mademoiselle cueille quelques radis. La tomate est maintenant rouge vif, nourrie de soleil, baignée de lumière.

« On la cueille? »

« On la cueille. »

Monsieur et Mademoiselle l’effleurent à peine que déjà, le fruit se repose dans leur main, soulageant de son poids la branche ténue qui ployait sous les quelques dizaines de grammes. Le couteau dans la poche, Monsieur coupe la tomate en deux. Et chacun mord dans sa moitié à pleines dents. Le jus sucré coule à la commissure des lèvres, la chaire est gobée. Elle s’écrase sur la langue, laissant son sucre fondre dans la gorge. Sur le menton, un léger filet rouge prend la direction dangereuse d’un t-shirt blanc. Intercepté juste à temps par un revers de main.

En deux bouchées, la balle rouge a disparu. La première tomate se laisse dévorer, laurier couronnant les efforts acharnés sur un bout de terre caillouteux. Et c’est un vrai petit bonheur.

 

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