Petit bonheur numéro cent quatre vingt dix neuf : le bruit de la pluie sur le velux

Pour rien au monde ce petit bonheur ne troquerait son bon vieux velux contre une des ses nouvelles vitres qui absorbent le bruit.

La chambre de jeune fille de Mademoiselle est une cabane. Une cabane sous les toits, au dernier étage de la vaste maison familiale qui jadis vit dévaler des baskets taille 32 dans l’escalier, depuis le grenier jusqu’à la cave. Un escalier dont la rampe a été lustrée bien des fois, en douce, par les fonds de culotte du cousin qui se laissait aller à des défis périlleux et interdits, au risque de se rompre le peu d’os encore intactes que comptait son jeune corps déjà bien mis à mal.

La chambre de jeune fille de Mademoiselle était la plus haute de la maison de campagne des grands-parents. Juste à côté du grenier. C’est Mademoiselle elle-même qui l’avait chois, délaissant le dortoir des cousins et le dortoir des cousines. Mademoiselle avait passé une semaine a épousseter le parquet, à aménager un bout de table de nuit et à hisser en haut du grand escalier des édredons et des oreillers. Finalement, Mademoiselle avait obtenu gain de cause, et Papi et Mamie avait donné le réduit à côté du grenier, eu deuxième étage, à la jeune fille pour lui en faire une chambre. Papi avait monté un sommier. Les cousins avaient regardé dédaigneux. Les cousines avaient parlé d’araignées et de fantômes. Mademoiselle avait haussé les épaules. Elle ne voulait plus du dortoir et des nuits passées à chuchoter. Elle voulait la cabane.

Dans la pièce en sous-pente, elle ne tint bien vite plus debout qu’au centre. Et encore, en penchant la tête. Alors, elle avait pris l’habitude d’y vivre assise en tailleur sur le lit, une pile de revues et de bande-dessinées à portée de main, deux ou trois romans piochés au grenier attendant sur la table de nuit.

La nuit, lovée dans l’édredon à plume, Mademoiselle écoutait le vent ébranler les grands chênes du parc. Elle surprenait la chouette hululant au loin et quelques grenouilles organisant une fête sonore à la mare. Le lit était orienté de façon à ce qu’elle est la tête juste sous la fenêtre. Et, à travers son hublot, elle regardait le monde nocturne vivre sa vie de chauve souris.

Ce qu’elle aimait par dessus tout, c’était les soirs d’orage. Quand la lumière zébrait le ciel et que la pluie, de rage, frappait la vitre fine. Elle écoutait longtemps l’eau ruisseler le long des ardoises. Les gouttes transparentes s’élançaient du haut du nuage, à plusieurs dizaines de mètres de là, pour se fracasser sur la surface inclinée, dévaler la pente et former des ruisseaux dans les gouttières en zinc. Le ciel se déchaine à 10 centimètres du visage de l’enfant qui s’endort, au sec, dans son nid de plume. Le vent souffle en rafale sans atteindre la peau rosée, les cheveux défaits, sans perturber les rêves qui se trament. Et c’est un vrai petit bonheur.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s