Petit bonheur numéro cent quatre vingt dix sept : la promenade en bus

Ce petit bonheur là garde le ticket dans la poche arrière de son jean.

Pour aller au rendez-vous du jour, il y avait le choix. La voiture, le vélo ou le bus.

La voiture. Mademoiselle a mis tellement de temps ce matin à trouver une place pas trop loin du bureau de Monsieur… Et puis le créneau était parfait. Et puis il n’est pas dit qu’elle trouvera une aussi belle place près de son rendez vous. Enfin, même si elle trouvait à proximité du café où elle doit se rendre, il n’est pas dit non plus qu’en revenant, elle trouve à se garer juste devant le bureau de Monsieur, ou en tout cas pas trop loin, pour leur soirée ciné programmée dès sa sortie. Pas de voiture donc.

Le vélo. Il y en a plusieurs en libre service. Mais Mademoiselle a mis tellement de temps ce matin à enfiler ses collants, ce n’est quand même pas pour les filer en accrochant une pédale. En plus, elle n’a pas l’abonnement pour prendre un de ces vélos. Et puis elle ne peut pas pédaler son sac à main énorme sur l’épaule. Et puis elle ne sait pas si, près du café où elle a rendez vous, il y a une autre station pour rendre le vélo. Il faudrait donc le garder avec soi jusqu’à la fin de l’entretien puis le reprendre en partant, refaire les 5 ou 6 kms et finalement, arriver en sueur pour la séance de ciné. Définitivement pas le vélo.

Le bus. Mademoiselle a repéré l’arrêt depuis la fenêtre de son bureau. Et elle a vérifié sur le net l’itinéraire et les horaires. Et a même retrouvé un ticket neuf dans le fond de son porte monnaie.

Devant l’arrêt, trois personnes attendent déjà. A peine la lourde silhouette mécanique apparue au bout de la rue, une vieille dame agite frénétiquement la main, s’agrippant de l’autre à sa canne. Les portes s’ouvrent, le bip régulier des abonnements rapidement scannés rythme la montée des nouveaux venus. Mademoiselle oblitère, fausse note rompant le métronome.

La vieille dame se hisse sur la première place, juste derrière le chauffeur. Le bus repart dans un soufflet. Mademoiselle dégotte un siège contre la vitre, dans la deuxième moitié de l’engin.

La ville défile, de haut. Surplombant les voitures, dominant les trottoirs, le bus reprend sa place dans la circulation.

Vue sous cette angle, la ville semble soudain différente. Le quotidien s’imprime en gros plan derrière les vitres épaisses. Dans un train de sénateur régulièrement interrompu par des montées et des descentes, le bus chemine, l’air de rien, sur son bonhomme de boulevard. Toujours les mêmes arrêts, les mêmes feux tricolores, le même virage, le même carrefour. A la même heure, chaque jour. Sur ses 4 énormes roues, le bus prend son temps, laissant à loisir ses occupants regarder défiler le paysage, regarder se promener les gens, regarder la vie comme elle est.

Toute à se rêverie, Mademoiselle compte de temps à autre les arrêts. Plus que 3.

Plus que 2. Plus qu’un. Elle appuie sur le bouton rouge, un voyant s’allume Arrêt demandé. Après le virage, elle aperçoit le café. La place parait plus petite depuis le bus. Sur le banc, son rendez-vous l’attend. Le bus s’arrête, et repart un peu moins lourd. Mademoiselle le regarde s’éloigner, lui livrant peu à peu la vue comme un rideau de théâtre qui s’ouvre le long d’une scène. Sur le banc, son amie se lève. Mademoiselle est prête. Pile à l’heure. Et c’est un vrai petit bonheur.

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