Petit bonheur numéro cent quatre vingt quatorze : la tarte aux abricots

Ce petit bonheur là sent le jus couler le long de ses doigts.

Chose promise, chose due. Mardi, en feuilletant le livre de Mamie, Mademoiselle avait salivé devant les lignes couchées qui décrivaient les étapes pour parvenir à la tarte aux abricots de la vieille Dame.

Nous voilà parvenu au weekend. L’heure de la tarte a sonné.

Sur le plan de travail, Mademoiselle pose le saladier, la balance, la farine, le beurre, les oeufs, le sucre. Une petite main a ajouté dans une encre rouge : possibilité d’ajouter 3 cuillers à soupe de poudre de pistaches ou d’amandes. Le halva pistache atterrit lui aussi sur la table. Mademoiselle pétrit. La pâte ressemble de mémoire à celle de Mamie. Ne reste qu’à la laisser reposer, sous un linge blanc. Blanc n’est pas précisé par la recette, mais Mademoiselle se souvient que Mamie dépliait à chaque fois un torchon immaculé sur la boule tiède. Il ne faut pas déroger aux règles ancestrales de la gourmandise.

Dans la passoire, un kilo d’abricots s’égoutte au frais de l’évier émaillé. Mademoiselle pose à sa gauche une assiette, à sa droite un couteau pointu. Un à un, elle ouvre le ventre des fruits murs, laissant leur jus sucré couler le long des phalanges, luttant contre l’envie démangeante de lécher ses doigts. Les noyaux retournent dans la passoire, les oreillons réguliers s’alignent dans l’assiette. Plus l’assiette est pleine, plus la main plonge profondément dans la passoire, disparaissant sous les noyaux à la recherche des derniers abricots récalcitrants…

Le rouleau appuie sans ménagement sur la pâte. Peu à peu, un disque de farine, de sucre et de beurre colle et recolle, tant au rouleau qu’à la table, tandis que Mademoiselle frotte la pâte de farine. Le disque finit dans un plat à tarte, le four chauffe déjà.

Le cahier de Mamie précise qu’il faut ensuite mélanger dans un bol deux cuiller de farine, une de sucre et deux d’amandes ou de pistache moulues. Puis étaler le fond de tarte sur la pâte préalablement piquée.

Mademoiselle s’applique, elle aligne sur le tout ses oreillons, en cercle concentrique parfaitement réguliers, ou presque. Le presque ne valant que pour justifier du « maison » qui accompagnera immanquablement le service de la tarte.

Saupoudrer de sucre, ajouter quelques noisettes de beurre et laisser cuire 30 minutes au four – ou plus si besoin, insiste une note en rouge.

Dans la cuisine, l’odeur sucrée de la tarte vient titiller les narines. Rien qu’à la respirer, l’estomac avide se gonfle et réclame, le ventre grogne et voudrait passer immédiatement au dessert. La buée brulante du four rend illusoire cette inspiration, et, résolues, les papilles s’attaquent aux crudités puis au plat en attendant des températures plus raisonnables. En attendant de mordre à pleines dents dans la tarte « maison ». Et c’est un vrai petit bonheur.

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