Petit bonheur numéro cent quatre vingt treize : le Tour de France

Ce petit bonheur là sue devant sa télé autant que les petits gars.

On écrit le Tour. Avec une majuscule. Tant la difficulté est grande et l’exploit imposant. On a oublié comment est venue l’idée, on a oublié à qui d’ailleurs. Sans doute à quelqu’un qui n’a pas expérimenté la chose, mais qui, une carte sous le nez et une idée promotionnelle pour un journal en tête, a tracé des étapes et a déclaré l’épreuve lancée, un matin de juillet.

Derrière sa radio ou son poste à images, on commence par imaginer la chaleur ou la pluie battante sur les maillots déjà collés à la peau, avant même le départ. On imagine déjà les cheveux humides, coincés sous la casquette. On imagine le premier coup de pédale. De plus en plus difficile à chaque nouvelle étape. On imagine les cuisses qui tire, les fesses qui râlent, les mollets qui se plaignent, à l’approche du premier col, puis du deuxième.

La caravane passe. Sur le bord de la route, des mains saluent, réclament. Parfois se battent pour récupérer une main de géant verte, un sachet de bonbons fondus sous le soleil ou une casquette floquée d’une marque de saucisson.

Le peloton part, en grappe serré. Tout le long de leur chemin de croix, ils se savent attendus au tournant. Les leaders sont applaudis, salués par leur nom. Les autres sont vaguement encouragés, d’un tapement de main distrait. Le dernier passe quasiment seul, le public n’est pas resté.

Derrière sa radio ou sa télé, on se dit que le paysage doit être superbe, que ça ferrait de belles vacances. On se dit que les pauvres gars n’ont pas l’occasion de s’en rendre compte. On se dit qu’ils sont au régime pâtes, et d’ailleurs, qu’est ce qu’on mange ce soir?

Le commentateur s’emballe. Trois gars ont pris la poudre d’escampette et filent seuls vers la ligne d’arrivée. Les trois se relaient, il reste 40 km. Il y a un Hollandais, un Espagnol et un Français.Le maillot jaune dans le peloton fait pédaler ses troupes à tout va. Avec ses 45 secondes d’écart, il sait qu’une échappée menée à terme le privera du bouquet et du lion. Le maillot vert n’est plus dans le groupe de tête. Avec ses pois rouges sur le dos, le coureur qui-grimpe-qui-grimpe est en danseuse, leader du peloton, pour grappiller encore quelques points.

La lanterne rouge passe avec ses deux collègues. Le peloton est déjà bien loin. La côte est raide. Les jambes douloureuses. Dans l’oreillette, le directeur annonce, sentencieux, le verdict. 25 minutes de retard sur la tête du groupe. Le coureur groggy, sert les dents. Le public n’est de toutes façons plus là pour courir à côté de son vélo.

Le Tour s’écrit avec un grand t. Comme la Grande Boucle s’affuble de majuscules. Tant l’effort est herculéen. Tant les forçats n’ont pas volé leur titre.

Chaque été, la France se redécouvre, se réapproprie et se trouve de nouveaux héros. Même si, parfois, les héros, comme les coureurs, tombent de leur podium et ne gardent de forçats que le titre de condamnation.  Jugé ou non.

Que le Tour passe au bout de sa rue ou bien au bout de son monde, qu’il passe dans un grand souffle à peine distinct ou dans un long calvaire télévisé, qu’importe. Le Tour passe. Et c’est un vrai petit bonheur.

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