Petit bonheur numéro cent quatre vingt onze : monter sur des échasses

Ce petit bonheur n’aurait pas cru que c’était si compliqué…

L’idée a jailli soudain de la tête de Charlotte. La nièce de Mademoiselle était en train de s’ennuyer (déjà…) dans le hamac, après 5 jours de grandes vacances, quand soudain, elle a demandé à Mamie a quoi joué sa mère et sa tante quand elles étaient enfants. Mamie avait parlé de la cabane, de l’épicerie en bois, des cerceaux, du ballon sauteur. Et puis des échasses.

Charlotte s’était redressée d’un coup. « Il y a des échasses? »

Papi avait fouillé la cabane à outils et était revenu avec une paire de piquet en bois, longs de plus d’un mètre cinquante chacun, assortis de cale-pieds. Charlotte s’était précipitée pour les essayer. Patiemment, Papi lui avait montré, la retenant d’abord par la taille, puis progressivement, la laissant avancer, pas à pas, toute seule. Charlotte s’était exercée tout l’après midi.

Quand Mademoiselle est passée, après sa journée, Charlotte l’attendait de pied ferme. Sur l’allée en gravier, elle montre son nouveau talent. Un pas, puis l’autre. Les jambes en bois manquent de souplesse, les gestes sont encore retenus, mais le mouvement de balancier défie vainqueur la gravité.

« A toi! Montre. Comme quand tu étais petite »

Justement… Petite, Mademoiselle ne l’est plus (quoique). Et avec 50 centimètres de plus que Charlotte, le centre de gravité est légèrement déplacé. Vous savez, du côté vertige. Charlotte tend les échasses à sa tante. Plus possible d’y échapper.

Mademoiselle retire ses escarpins -inutile de doubler la difficulté en mettant échasse sur échasse- puis, elle se lance. Les poings serrés sur les piquets, elle soulève douloureusement le poids de son corps , transférant ce qu’elle peut sur la jambe gauche. La droite se soulève. Elle avance de quelques centimètres. Puis opération inverse. La gauche se soulève et rejoint la droite. Un pas après l’autre, la mécanique revient. Mademoiselle ose peu à peu relever la tête et quitter le sol des yeux. Avec 30 centimètres de plus, elle voit un peu le monde comme Monsieur.

Et les vers d’autrefois lui reviennent

« Je suis une fourmie

Il n’y a que des géants

Le monde est bien plus grand

Quand on est petit

Je suis un oiseau

Dans le ciel je vole haut

et la Terre est bien plus belle

Quand il est vu du ciel ».

Il n’est peut être pas plus beau, le monde, mais il est différent. Même avec 30 centimètres de plus seulement. Et c’est un vrai petit bonheur.

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