Petit bonheur numéro cent quatre vingt sept : rentrer tard de soirée

Ce petit bonheur là est grisé par la nuit.

La fête a duré tard. Dans l’appartement, au deuxième, la lumière est encore allumée. Sur le balcon, deux fumeurs apprennent à mieux se connaitre. La rue est vide, la nuit est calme. Monsieur et Mademoiselle font le tour des invités pour dire au revoir. Merci. Bonne fin de soirée.

Sur le palier, les bruits de la fête parviennent étouffés. Ca sent un peu la cuisine. La musique arrive tranquillement à se glisser sous l’huis. Pas de quoi agacer un voisin toutefois. De toutes façons, par précaution, ils ont tous été invités à se joindre à la soirée. Ils sont tous en train de trinquer, les seuls qui ont décliné sont les deux couples partis en vacances.

Mademoiselle s’appuie de tout son poids sur la rambarde de l’escalier. Monsieur aussi titube de fatigue. La voiture est garée à trois rues de là.

Du balcon, les fumeurs saluent d’un « Soyez prudent ». Monsieur les rassure ; il n’a bu que deux verres et Mademoiselle n’a pris que du jus de fruit. C’est elle qui conduit.

Les pieds en feu dans ses escarpins, Mademoiselle avance un pas après l’autre. La rue est nue. Dans la lumière des réverbères, deux silhouettes s’embrassent. Puis une portière claque. Un moteur tousse et démarre. Sur un vespa, l’autre silhouette s’éloigne aussi.

Un chat traverse la rue. Un autre plonge dans une poubelle.

Le couple croise un groupe de jeunes filles, riant à gorge déployée, téléphone en main.

Mademoiselle a mal aux pieds. Et puis elle a froid. Monsieur la saisit par la taille, l’embrasse. Puis il pose sa veste sur les épaules dénudées. La petite main de Mademoiselle serrée dans la sienne, il lui raconte l’anecdote qu’elle a manqué quand elle parlait avec cet autre invité. « C’était qui d’ailleurs? » « le copain de la fille avec qui tu philosophais sur l’avenir de l’école publique« .

Quelqu’un au loin shoote dans une canette vide. Un lampadaire grésille puis s’éteint. Le néon de la laverie clignote bruyamment. La voiture est à côté de la boulangerie. Monsieur tend les clés à Mademoiselle. Au premier étage, une veilleuse semble être restée allumée derrière un rideau. Dans l’immeuble d’en face, quelqu’un fume à la fenêtre d’un appartement plongé dans le noir. La ville sommeille. Et c’est un vrai petit bonheur.

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