Petit bonheur numéro cent quatre vingt trois : sortir du métro

Ce petit bonheur là en est tout ébloui.

Dans l’essoreuse à salade géante, la foule des grands jours se presse. On se bouscule, on se heurte. Certains en sont quittes pour un grognement préhistorique, d’autres s’en sortent en essuyant un regard-qui-tue. Les amabilités s’échangent en montrant les dents. Certains se laissent aller à rêver, comme absents accrochés à la barre verticale qui les retient, bercés dans les virages.

A l’arrêt, un flot monte. Quelques uns seulement descendent. On se sert encore davantage, respirant à plein poumons les aisselles douteuses et largement auréolées d’un voisin plus grand, tandis qu’une main s’agrippe à vos hanches ou à votre sac au moindre freinage un peu brusque.

Parfois, monte dans une station un homme et son accordéon. Et c’est partie pour un quart d’heure d’Edith Piaf un tant soit peu déformée. Difficile d’ailleurs d’affirmer avec certitude qu’il s’agit bien d’une chanson d’Edith Piaf.

Sous terre, à la Jules Verne, dans ses asticots géants qui se creusent des galeries dans le ventre de Paris, le monde devient néon et grincement, grésillement et lumière blafarde.

Puis, au bon arrêt, nouvelle cohue pour sortir. Il faut jouer des coudes, tout en vérifiant ses poches. Réussir à placer un pied sur le quai, puis un autre et laisser le reste du corps suivre.

Jusque là, nous sommes d’accord, c’est loin d’être le bonheur. Mais le voilà qui se profile l’instant délicieux où, au bout du tunnel, une lumière chaude et rassurante happe la foule. D’abord passer les portiques, puis chercher l’escalier.

Là, marche par marche, le corps retrouve l’air et le vent, la lumière du jour et le vrai bruit de la ville. De la bouche sort sans un bruit, une troupe, ticket en main. La main en visière. Le ventre se vide d’une foule grouillante. Chacun part de son côté, chacun poursuit son but. Marche par marche, on reconquiert son ombre. Et, parvenu au sommet, le plan du quartier face à nous et l’itinéraire du voyage dans le dos, un autre parcours à inventer. Un vrai petit bonheur.

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