Petit bonheur numéro cent quatre vingt : dormir sous la tente

Ce petit bonheur là compte et recompte les sardines.

Ce weekend, Monsieur et Mademoiselle sont invités. Une fête à la campagne, chez des amis néo-campagnards. L’invitation précise qu’il faut se retrouver à 19h, qu’il y aura des grillades et des salades et que ceux qui souhaitent dormir sur place peuvent planter la tente dans le terrain.

Monsieur et Mademoiselle n’habitent pas tout près. La tente dans le coffre et le cadeau sur la plage arrière, ils prennent la route.

Monter la tente est déjà une aventure. Il faut choisir le terrain, pas trop en pente, pas trop humide. Pas trop près des arbres et pas trop près de la maison. Ensuite, il faut suivre le manuel. Parce que monter la tente est une initiation, parce que les vacances commencent dans le plantage des sardines, dans le « c’est dans quel sens la porte ? » et dans le tendage des fils. Pas question d’utiliser de ces tentes trop modernes qui déploient leur confort en deux secondes dix-sept.

Quand le zip se fait entendre, quand la porte en toile est fixée, l’odeur du camping brule les narines. Ca sent les vacances, le renfermé et le grenier, le plastique chaud et la terre fraiche. A quatre pattes, Monsieur exige que Mademoiselle retire ses chaussures avant d’entrer. Mademoiselle gonfle un matelas, Monsieur range une torche dans la poche au plafond. Il secoue les duvets et arrange les oreillers.

La fête bat son plein. Les grillades, le foin, les pichets et les chips, les salades et la musique. Le moment des cadeaux, le moment du gâteau, le moment où l’un des invités sort la guitare du coffre. Le moment où le feu meurt. Le moment où les grenouilles chantent plus fort que les convives ensommeillés. Les voitures s’éloignent. Les campeurs regagnent leur gîte.

Mademoiselle se tortille tel un asticot pour enfiler un pyjama. Monsieur tranche : il dormira en simple t-shirt.

Puis, il n’y a plus de bruit humain. Le vent caresse la toile, les grenouilles paradent. Blottie contre Monsieur, Mademoiselle écoute la vie qui continue dehors, à quelques centimètres d’elle. Dans son ventre de toile, Mademoiselle écoute la vie, juste déformée par le tampon de tissu. Puis une ondée. Puis le vent dans les branches.

Mademoiselle s’endort.

Le petit jour conquiert peu à peu la nuit. Il laisse des trainées roses dans le ciel blanc. Monsieur remonte le duvet sur les épaules de Mademoiselle. Elle frissonne dans son sommeil. Les premiers oiseaux viennent jouer les réveils. Peu à peu, les rêves s’enfuient, les brides de réalité prennent le pas sur les chimères. Un zip se fait entendre dans la tente voisine, des murmures se mêlent aux chants des premiers diurnes. Monsieur s’étire. Mademoiselle ouvre le duvet. Et c’est un vrai petit bonheur.

 

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