Petit bonheur numéro cent soixante quatorze : le gâteau ressemble à la photo

Ce petit bonheur là tire un petit bout de langue quand il est concentré…

Le livre du très grand chef est ouvert à la dite page, celle soigneusement choisie la veille. Mademoiselle a calé la bonne page avec un saladier.

Devant sa planche en bois, elle sort un à un les ingrédients. La gousse de vanille, le mascarpone, la pâte feuilletée, les fraises, les épices… Puis, un à un, elle dispose sur la table les ustensiles. Mademoiselle s’applique, serrant son tablier à sa taille et attachant ses cheveux. Les mains bien savonnées, et c’est parti.

Mademoiselle suit, ligne après ligne, le descriptif. Les étapes s’enchainent, parfois plus techniques qu’il n’y paraissait à la simple lecture. Mademoiselle sue en fouettant, tremble un peu en versant, pousse sur ses bras en étalant. Après 3 heures à ce régime, la cuisine ressemble à une scène de guérilla urbaine, le tablier de Mademoiselle est maculé de taches et elle a de la farine dans les cheveux. Mais le gâteau semble prêt à reposer au frais jusqu’au soir.

Au diner, Monsieur sait bien qu’il y aura du dessert. Il n’y en a pas eu à midi, et nous sommes dimanche… Autant d’indices qui ne laisse pas Monsieur dans le doute.

L’heure du dessert arrivée, Monsieur trépigne. Mademoiselle tremble.

Dans la cuisine, c’est le moment du verdict. Il faut démouler l’oeuvre. Et pour plus de pression, elle a disposé juste devant elle la photo du chef présentant son dessert. Peu importe à cet instant si le gâteau est bon, il est capital pour l’honneur de Mademoiselle qu’il soit beau.

Lentement, elle retire le film alimentaire. Puis, elle approche le plat de service. Ensuite, il faut très très tranquillement écarter le cercle à pâtisserie. La crème ne semble pas bouger. Mademoiselle, toujours très concentrée, s’enhardit. Le dessert apparait derrière son cercle métallique, quasi similaire à la photo du grand chef. Le quasi ne tient qu’aux trois feuilles de menthe fraiche disposées sur les fraises coupées. Mademoiselle se dépêche de les ajouter.

Au salon, Monsieur voit Mademoiselle arriver fièrement, son dessert sur le plat du dimanche. Elle lui colle sous le nez le livre, à la bonne page :

« T’as vu, t’as vu, j’ai fait tout pareil ! Regarde, c’est le même »

Monsieur voit bien que ce n’est pas très exactement le même. Celui de Mademoiselle tient moins bien, il est moins régulier. Mais il sait le mal que Mademoiselle s’est donné. Il l’a vu se battre, fouet à la main, pour réussir à faire aussi bien. Alors, gentleman, il joue les bluffés :

« Waou! Tu devrais le prendre en photo et l’envoyer à l’éditeur. Le tien est encore plus joli que le leur… »

Mademoiselle rougit un peu en coupant la première part. Et c’est un vrai petit bonheur.

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