Petit bonheur numéro cent soixante douze : mettre des lunettes de soleil

Ce petit bonheur là joue les stars.

Elles attendaient depuis presque un an, au fond du tiroir à foulards, entre les crèmes solaires et les tongs de plage. Calées dans leur étui, elles n’avaient plus vu le jour depuis fin septembre. Alors, quand ce matin, elles ont senti sous elles le tiroir s’ébranler, elles n’ont pas oser immédiatement y croire. Pourtant, leurs voisines tongs tenaient un décompte très précis depuis quelques semaines.

« Dans 17 jours, c’est l’été »

« Dans 16 jours c’est l’été »

« Dans 15 jours, c’est l’été ».

Mais les foulards, qui de temps en temps, mettaient le nez dehors, agrippés au cou de Mademoiselle, revenaient chaque fois plus pessimistes :

« Ne vous emballez pas. Dehors, c’est l’hiver« .

La crème solaire, qui aime jouer les oiseaux de mauvais augures, avait prédit le début d’une ère glaciaire et commençait depuis quelques semaines à réunir ses adeptes dans une nouvelle secte solaire.

Pourtant, ce matin, le tiroir s’est ouvert. Les foulards se sont aussitôt mis au garde à vous. Les tongs ont voulu se faire une place. Seule la crème solaire ne bougeait pas de son coin de tiroir, maugréant qu’elle attendrait sa date de péremption puisqu’il n’y aurait plus besoin d’elle pour les 20 ans à venir, rapport avec l’ère glaciaire, le réchauffement climatique « qui n’a de réchauffement que le nom » et la pollution. Des considérations de comptoir qui n’atteignait pas le moral des autres pensionnaires du tiroir.

La main fouille entre les carrés de tissus. Soudain, elle saisit l’étui. Les lunettes n’en reviennent pas. La boite s’ouvre. Un flot de lumière crue envahit l’habitacle.

« Vous voilà… Allez, zou, dans les cheveux. C’est votre saison les filles »

Les lunettes se retrouvent à retenir les mèches folles de Mademoiselle. Elle sent le monoï et son débardeur blanc est un peu décolleté. Sur les épaules, elle n’a mis que sa petite veste d’été. Pas de doute, c’est parti pour trois mois d’un monde en bleu, où les yeux de Mademoiselle, bien à l’abris des regards, dévisagent et s’endorment. Un été teinté pour voir sans être vu. Rien qu’avec elles sur le nez, le soleil n’a qu’a bien se tenir. Un vrai petit bonheur.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s