Petit bonheur numéro cent soixante dix : la cabane en bois

Ce petit bonheur là attend au fond du jardin que de nouveaux colons viennent y planter un drapeau.

Le jardin de Papi et Mamie est un territoire hostile. Une mer verte digne d’un lagon des Caraïbes. A peine ont ils accosté, le long de la terrasse, que l’allée en falun guide les pirates jusqu’au mat de cocagne de l’île aux Prunes aussi surnommée l’île aux Guêpes, du nom des actives ouvrières qui défendent leur vieilles branches. Imprenable de mars à septembre, à cause des fidèles armées de défenses, l’île étaient laissée à l’abandon par Mademoiselle, son frère et sa soeur, bien plus intéressés par le trou dans la haie qui menaient vers le territoire sauvage des Wapie bapi, l’ancien champs de vache des grands-parents.

Il fallait d’abord passer le trou, allongé(e)s dans l’herbes hautes. Ensuite débute la traversée des contrées sauvages où pullulaient encore quelques ours et deux loups, aperçus en 1993 lors d’une mémorable excursion au flambeau à travers le champs en friche. Plus exactement entendus, une nuit. Les enfants du reste, n’ayant pas chercher à en savoir davantage sur la nature exacte des bêtes qui gardaient le champs, avaient préféré, pour plus de sécurité, prendre leurs jambes à leur cou et retrouver la lumière électrique du salon.

Pas de loups en vue cette fois. Son bambou à la main, le frère ouvre la marche, couchant les grands tiges vertes des graminées, signalant les cailloux les plus pointus à ses compagnes en sandalettes. Parfois, il s’arrête, attrape ses jumelles et vérifient la progression. Au loin, seul repère émergeant de la mer verte infestée de serpents constrictors et de carnassiers affamés, un grand chêne vénérable attend à 30 pieds de là.

Tout près désormais, les enfants s’accroupissent. Ils guettent. Les Indiens de la tribu ennemie se sont signalés dans le coin. En témoigne un reste de feu de camps et un crâne d’ours -ou peut être de moineau mais plus certainement d’ours- ainsi qu’un tas de plumes abandonnées. Mademoiselle en tire une théorie immédiatement admise communément : les Indiens ont mangé là l’ours qu’ils avaient tué puis ils ont réajusté leurs parures et jeté les plumes les plus abimées dans leur chasse au plantigrade.

Les cendres sont froides.  On établira là le campement.

Pendant tout l’été, les enfants accumulèrent les branches et les planches, construisant une forteresse contre l’écorce du chêne qui en avait vu d’autres. Mais un chêne ne faisant pas assez local à leur goût et surtout étant trop identifiable dans la conversation, les 3 avait décidé d’un nom de code. Le chêne devint Sequoia.

Robinson et Vendredi avaient Sperenza, l’équipage des Trois Mousquetaires avaient l’île Sequoia.

La cabane avait deux chambres. Une pour les filles, une pour le gars. Il y avait aussi une cuisine, une salle de réunion et une salle du goûter. Les filles avaient proposé qu’on fasse des WC. Le gars ayant répondu que c’était inutile, les filles s’étaient aménagé un coin pipi à l’abris des regards, à trois pieds de la cabane.

Mamie avait donné de vieux draps pour qu’on fasse un drapeau et des rideaux. Et Papi avait fabriqué une boîte aux lettres – les WC étaient inutiles mais le Gars estimait que les Indiens-de-la-tribu-ennemie pourraient vouloir entrer en contact. Les Trois Mousquetaires avaient, pour finir, décidé d’un blason, largement peint sur toutes les façades de la cabane. Ils avaient gravé leurs noms sur la porte. Et, comme c’était trop long, décidé que finalement, on se contenterait des initiales.

Il y a bien longtemps que les trois explorateurs ont été recueillis par un bateau amis, après des semaines de perdition sur leur île sauvage. Mais l’île Sequoia n’a plus bougé depuis. Les étés sont passées, la cabane a été colonisée par de nouveaux habitants, un chat sauvage et des araignées. Papi a parfois fait fauché le champs. Mas jamais il n’a touché à la cabane. Même si elle n’est pas au cadastre, c’est un bout de l’histoire qui s’est décidé là. L’histoire de l’île Sequoia. Et, souvent, en fermant les volets au premier, il regarde la cabane dans le ciel couchant, en attendant que de nouveaux Mousquetaires viennent y établir leur quartier. En attendant d’être là pour voir ça. Ce sera un vrai petit bonheur.

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