Petit bonheur cent soixante neuf : aller chercher le pain

Ce petit bonheur là ouvrirait bien une boulangerie.

La boulangerie est un univers qui a toujours fasciné Mademoiselle. L’enseigne déjà, visible du bout de la rue, l’attirait invariablement enfant. Elle se débrouillait toujours pour avoir son lacet à faire juste devant la vitrine : derrière la vitre, la boulangère changeait chaque mois le décor. En janvier, c’était les rois. En février, les crêpes. En mars, mardi gras. En avril, les poupées cherchaient les oeufs de Pâques. En mai, c’était du muguet en plastique, des couronnes de fleurs. En juin, c’était les révisions. Les poupées, sagement, travaillaient penchées sur un bureau et sur la table de la cuisine, un ours en peluche veillait sur la leçon, le gouter à portée de patte.

Sous la boulangerie, il y avait des soupiraux d’où s’échappaient des odeurs de pains chauds tôt le matin puis à 17h. Et derrière le comptoir, la boulangère surveillait la sortie des classes du coin de l’oeil. Le vendredi, Maman glissait une pièce dans la poche de chacun des frères et soeurs. Et ils avaient l’autorisation de s’arrêter choisir leur gouter sur les étales qu’ils avaient lorgnés toute la semaine du coin de l’oeil. Mademoiselle, le cartable sur le dos, hésitait souvent entre le gros cookies et la part de flan.

Des années plus tard, presque des décennies, Mademoiselle a toujours la même fascination pour ces temples de la gourmandise. Incapable de passer devant sans jeter un coup d’oeil à ses lacets, elle doit prendre sur elle pour ne pas s’arrêter prendre un gouter. Frustration qu’elle compense, depuis qu’elle vit avec Monsieur, par un zèle à lui choisir aussi souvent qu’elle peut, une viennoiserie qu’elle lui porte ensuite à son bureau, faisant fis des sourires en coin -sans doute bien jaloux- des collègues de Monsieur.

La boulangerie, c’est d’abord une odeur. Indéfinissable. Celle du beurre, de la farine et des oeufs qui, savamment dosés, donnent des brioches, des croissants ou des babas.

La boulangerie c’est aussi le présentoir à bonbons. Les bocaux de madeleines tièdes et les alignements de macarons dorés. La boulangerie c’est le « bonjour » de la boulangère à peine le tintement de la clochette résonne. C’est le boulanger qui essuie sur son tablier le reste de farine en disposant les baguettes tièdes. C’est le pain qui craque et la pâte qui fond.

Mademoiselle a toujours un euro dans la poche. Et,  comme un prétexte pour les dépenser, une boulangerie sur sa route. Un vrai petit bonheur…

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