Petit bonheur numéro cent soixante six : le moment où on se lève pour danser

Ce petit bonheur là se trémousse d’avance sur sa chaise.

La fête bat son plein. Autour de la table, on digère le plat – une souris d’agneau confite qui valait le détour- en terminant son verre de vin. Les conversations vont bon train, les avis et les opinions s’étalent entre salade et fromage, les souvenirs se racontent, les langues sont en roue libre. Les voix s’échauffent, sans s’en apercevoir, on parle de plus en plus fort. Soudain, l’information atteint le sommet du crâne : il y a de la musique. Et de la bonne musique. De celle qui s’écoute d’abord par les hanches, par les pieds qui battent la mesure.

Assis sur les chaises, les corps commencent à marquer le rythme. D’abord subrepticement. Puis, de plus en plus ostensiblement. Au refrain, quelques uns fredonnent, quelques uns se lèvent.

Les premiers danseurs font sensation. Au centre de la piste, entre les tables, ils bougent, libres de leurs mouvements, libres de tous regards. Ils s’éclatent et ça se voit.

Sur la chaise confortable, les pieds s’agitent. Ils réclament de les rejoindre. Un premier cavalier s’approche, propose qu’on le suive. Un coup d’oeil sur la piste, encore trop déserte pour passer inaperçue. On décline. A la deuxième chanson, un autre tente sa chance. 6 couples sur le plancher, c’est encore trop peu. On remercie, polie.

Mais soudain, c’est l’air qui fait déborder la coupe… Cette fois, impossible de priver ses hanches, de priver ses bras, de priver ses jambes de bouger en rythme. Il faut se lever. Il faut laisser la chaise et son coussin moelleux pour aller, devant tout le monde, désarticuler son corps. 5 couples de danseurs. On va forcément être remarqué(e). D’ailleurs, à l’instant, n’était-on pas déjà en train de regarder les autres se lâcher sur la musique, envier leur facilité à se détacher du regard des autres et à s’amuser quand nous, bourré(e) de complexe, on hésitait à franchir le cap…

Cette fois, c’est décidé. Les fesses se décollent de siège, les pieds avancent, l’un après l’autre, vers le centre de la piste. Et voilà. On est de l’autre côté. Du côté de ceux qui dansent, ceux qui s’amusent. Finalement, dans la lumière, on ne voit même plus le public, assis. Et dans la musique, on oublie même qu’ils sont là. Un vrai petit bonheur.

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