Petit bonheur numéro cent soixante : faire du vélo à la campagne

Ce petit bonheur là pédale si vite qu’il en déraillerait presque…

La carte IGN prend ses aises sur la table débarrassée du salon. D’abord, Mademoiselle avait râlé que Monsieur la déploie avant même que l’on est nettoyé les traces de café. Puis elle avait regardé avec lui les itinéraires envisageables.

« Il est 15h. Le temps qu’on parte, il sera bien 15h30. Pas plus de 3h de rando » prévient-elle.

Un crayon à la main, Monsieur suit les chemins. Il contourne l’étang, passe par la foret, prend la route du château et arrive au village, traverse le grand pont sur la rivière, reprend à droite, la tour de gué, la chapelle abandonnée et retour par les prés. Mademoiselle note les références des chemins et des routes sur un petit bout d’enveloppe déchirée,  « au cas où… »

« D’après mes estimations, ça fait une boucle de 35 km. Ca te va? »

Mademoiselle jette un coup d’oeil au reste de tarte sur la desserte et regrette déjà d’avoir repris du tajine. Mais pas question que Monsieur s’aperçoive de l’hésitation

« Evidemment que ça me va! Je suis bien en jambe là… »

Monsieur part vérifier l’état  des vélos. Mademoiselle glisse dans son sac à dos un paquet de biscuits et une bouteille d’eau. Monsieur lui fait ajouter une pompe et un portable. La carte IGN soigneusement pliée atterrit elle aussi dans le sac, « poche de devant, faut qu’elle soit accessible« .

Les clés dans la poche et en route.

Sur le chemin, Mademoiselle pédale à son rythme. Et Monsieur au sien, beaucoup plus rapidement. En deux coups de pédale, il est déjà loin. Mademoiselle ne cherche même pas à le rattraper. Elle laisse le vent, l’air tiède caresser sa peau. Ca sent le foin, ça sent l’herbe, le bois et l’eau. De temps en temps, Monsieur apparait. Il attend Mademoiselle.

De temps en temps, ils s’arrêtent côte à côte, boire un peu. Mademoiselle fredonne, Monsieur siffle. Près de l’étang, des pêcheurs ont jeté les lignes. Dans le bois, ils croisent un autre couple à vélo. Puis une famille au grand complet. Un hérisson aussi. Et une limace que Mademoiselle évite de justesse. Elle encourage la cellulite honnis à dégager de ses cuisses. Et à sentir les brulures que chaque coup de pédales lui inflige, elle se dit que la graisse doit la maudire…

Dans les creux et les bosses des chemins, ils tentent une course que Monsieur gagne. Mademoiselle fait semblant de bouder, juste pour se faire embrasser.

Parfois, la côte est raide. Monsieur est déjà en haut. Alors, il descend de vélo et il encourage Mademoiselle comme un supporter encouragerait le Tour de France.

Quand la route qui ramène à la maison se profile, Monsieur et Mademoiselle en sont à se raconter des bêtises de quand ils étaient gamins. Les premières escapades à vélo, entre frères et soeurs. A 500m de la porte, Monsieur demande ce qu’ils pourraient faire à diner ce soir. A 300m, ils se chamaillent pour savoir qui ira à la douche le premier. A 200m, Monsieur demande un biscuit. A 100m, ils font la course. Et juste devant la maison, Monsieur réclame le baiser du vainqueur. Et c’est un vrai petit bonheur.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s