Petit bonheur numéro cent cinquante sept : parier qu’on peut gagner au bras de fer

Ce petit bonheur là a le biceps de Popeye.

Tout commence pendant le diner. Monsieur se plaint du menu (qu’il a pourtant validé -à contre coeur certes mais validé quand même- le samedi lors de l’étape de la liste des courses). Poisson-épinards, il paraitrait que « c’est austère » dixit Monsieur qui en attendant le plat se venge sur les rillettes.

« D’abord, c’est pas austère. Ensuite, c’est bon pour ton corps. Meilleur que ce qu’il y a sur ta tartine… »

« Mon corps n’a pas besoin de tes épinards pour être fort. »

« C’est plein de fer »

« Pas plus qu’autre chose. C’est une légende le truc du fer. Ca vient d’une erreur de virgule »

Mademoiselle hausse les épaules et commence à servir le poisson. Arrivent ensuite dans l’assiette les épinards frais, juste assaisonnés, natures et les pommes de terre vapeur.

« Même tes patates elles sont au régime… J’aurais préféré des patates sautées… »

« Demain tu es de diner. Tu feras ce que tu veux… »

Monsieur pique avec une moue de dépit sa patate fumante et croque dedans à pleine dents. Il ne reste bientôt dans l’assiette que la tâche verte des épinards. La fourchette tourne autours, hésite, s’en approche, recule. Puis, il finit par en prendre une microscopique bouchée.

« Mouais. Non, franchement, c’est pas si mauvais. C’est pas comme à la cantine… »

Mademoiselle sourit en reprenant un peu de vert dans son assiette. Monsieur lance alors le fameux défi…

« On fait un bras de fer? Pour voir si ce qui est plus efficace tes 20 ans d’épinard au menu ou mes 20 mois de sport hebdo… »

Mademoiselle relève sa manche, sans contredire Monsieur sur les 20 mois de sport hebdo -et sans ajouter qu’elle aussi fait du sport toutes les semaines…

Les deux poussent leurs assiettes, éloignent la carafe d’eau et la corbeille de pain.

« Attention… On y va »

« Attend…Si je gagne, je gagne quoi? »

« T’inquiète pas, y a peu de chance que tu gagnes »

Mademoiselle lève les yeux au ciel. Et pousse de toute ses forces sur son poignée. Le biceps se contracte, les dents grincent. L’un comme l’autre s’accrochent à la volonté de ne pas perdre, de ne pas lâcher.  Mademoiselle sent qu’elle a chaud… très chaud. Elle devient rouge… très rouge. Monsieur lui a l’air décontracté. « Une technique de combattant, ca nous vient de nos ancêtres les chasseurs cueilleurs qui gardaient toujours leur calme même devant un ours« .

Mademoiselle éclate de rire. A voir comment Monsieur bondit devant un lézard, elle aurait bien aimé le voir devant un ours. Finalement, la stratégie de monsieur serait peut être la déconcentration… Et ça marche.

Monsieur donne un dernier effort. L’avant bras de Mademoiselle penche dangereusement vers la table. Il n’en est plus qu’à quelques centimètres. Il frôle. Il touche… C’est perdu. Mais c’est pas grave, c’est quand même un vrai petit bonheur.

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