Petit bonheur numéro cent cinquante quatre : le sachet de sucre vanillé

Ce petit bonheur là voyage au bout du monde.

Dans le placard de la cuisine, celui qui a écopé du surnom de « placard patisserie » se cachent des gourmandises toutes plus savoureuses les unes que les autres.

La première étagère, c’est celle des bases. Sucre roux, sucre blanc, sucre cristal, farine de blé, farine de blé noir, maizéna et crème de riz.

La deuxième étagère porte le poids des parfums. Amande amère, fleur d’oranger, extrait de café et de vanille, caramel, amandes émondées, amandes entières, raisins blonds et raisins de corinthe, cerise amarena, réglisse, citron et mandarine confite, gousse de vanille et chocolat à cuire.

La troisième étagère a hérité des boites. La fameuse boite à fêves et ses couronnes à gauche. Et à droite, une petite boîte rose qui en son temps à accueilli des macarons. A l’intérieur, les sachets s’empilent, se bousculent. La levure chimique est écrasée sous la levure boulangère. L’agar-agar est en plein débat avec la gélatine alimentaire. Tous seuls dans leur coin, les sachets de sucre vanillé se souviennent d’une île qui jadis a vu naître leur petits grains noirs parfumés.

Le sachet dans la main, le sucre craque entre le papier. Juste sous les doigts, le petit monde attend de revoir la lumière.

Au dessus du saladier où repose une pâte à flan, le sachet patiente quelques secondes, pincé entre le pouce et l’index. Premier mouvement, saisir le coin supérieur, celui que l’on veut. Et agiter fermement. Le sucre se met à danser dans son emballage hermétique. Il faut ensuite frapper le sachet contre le plan de travail. Pas trop fort. Juste pour tasser le contenu dans le bas.

Le sucre vanillé a compris qu’il allait être libéré. Il sait que c’est la fin de son long périple, l’aboutissement de ces heures d’avion, de train, de camion, de tapis roulant, de palettes, de réserve puis de rayons, de chariot, de sac, de voiture. Tout cela pour finir à attendre des semaines, des mois dans un placard. A chaque fois que la porte s’entrouvrait, à chaque fois que le couvercle de la boite était soulevé, que la main fouillait entre les sachets pour en choisir un, l’espoir d’être pris. Les discussions entre sachets : « tu aimerais finir comment toi? » « dans une pâte à crêpes… et toi? » « moi je suis de la levure, je me verrais plutôt dans un 4 quarts… »  L’agar-agar rêvait de fruits, la gélatine alimentaire d’une pana-cotta chocolat. Et voilà. Dans quelques secondes, les grains sucrés, les grains vanillés, plongeront dans une mer de lait, de farine et de sucre. C’est presque de la pâte à crêpes.

Les doigts déchirent doucement l’emballage. Le réflexe veut ensuite que le nez se penche juste au dessus et inspire à plein poumons. Madagascar débarque aussitôt dans les bronches. Puis, le sachet penche de plus en plus. Les grains roulent et sautent. Certains font des saltos, d’autres des plats. Ca crépite en touchant la mer de lait. Le sucre vanillé explose, le flan sent comme celui de Mamie. Et c’est un vrai petit bonheur.

 

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