Petit bonheur numéro cent quarante six : un vers de Maurice Carême

Ce petit bonheur là récite avec application.

Ce dimanche là, Papa venait réveiller les enfants en silence. Jamais Papa ne réveillait les enfants les autres jours de l’année. Mais ce dimanche là, il venait et doucement, comme avec des poupées fragiles, il posait sa main sur les épaules des petits et les sortait du lit.

Ce dimanche là, Papa habillait les enfants, en silence. Il faisait enfiler à la va-vite les vêtements de la veille. Et comme il ne savait pas où étaient rangées les culottes et les chaussettes, il faisait remettre aux trois enfants les sous vêtements du samedi.

Ce dimanche là, Papa mettait tout le monde dans la voiture, garée un peu plus loin que d’habitude, pour ne pas faire de bruit en partant. Il réclamait que les ceintures soient attachées, puis il démarrait. Les rues du village étaient celles d’un dimanche matin. Calmes. Paresseuses.

Ce dimanche là, Papa s’arrêtait d’abord chez le fleuriste. Il donnait une grosse pièce à chacun, et chacun pouvait choisir la fleur de son choix. La fleuriste l’emballait dans un joli papier et les enfants repartaient avec chacun leur petit paquet.

Ce dimanche là, Papa garait ensuite sa voiture devant la boulangerie. Il envoyait les enfants chercher deux baguettes fraiches et des croissants. Dans la queue, à la boulangerie, il y avait plein d’autres Papa.

Ce dimanche là, Papa et les enfants revenait sans bruit dans la maison. Papa posait les croissants sur un plateau, avec le bol de café, le beurre et les confitures. Il portait le plateau et les enfants chacun leur fleur.

Ce dimanche là, Papa poussait la porte de la chambre. Maman s’étirait dans le noir. Les enfants, alignés, du plus petit au plus grand, s’écriaient en choeur : « Bonne fête Maman« . Ils tendaient chacun leur fleur et Maman disait : « Merci mes Amours« .

Ce dimanche là, Papa ouvrait les volets. Maman remarquait que le t-shirt de l’un était à l’envers et que le pantalon de l’autre était sali aux genoux. Les enfants haussaient les épaules, Maman embrassait tout le monde.

Ce dimanche là, l’ainé(e)  donnait le signal aux autres. Et tous ensemble, ils récitaient la poésie apprise patiemment, chaque jour à l’école. Pour mieux la retenir, ils la scandaient un peu. Les mots buttaient parfois, ceux qu’ils ne comprenaient pas vraiment. Jusqu’au bout, ils craignaient l’erreur, l’hésitation.

 » Il y a plus de fleurs

Pour ma mère, en mon coeur,

Que dans tous les vergers ;

 

Plus de merles rieurs

Pour ma mère, en mon coeur,

Que dans le monde entier ;

 

Et bien plus de baisers

Pour ma mère, en mon coeur,

Qu’on en pourrait donner.  »

Et, comme point final, dernier rythme de la poésie, derniers mots appris par coeur, le nom de l’auteur. Maurice Carême. Les enfants se regardaient, fiers d’avoir réussi. Chacun tend le paquet soigneusement ficelé en classe par la maitresse. Le plus jeune a fait un cendrier en pâte à sel. Maman ne fume pas, mais elle dit que c’est très joli. Elle demande si l’enfant l’a fait seul. L’enfant acquiesce. Maman passe sa main dans ses cheveux courts. Le deuxième a collé un miroir sur un carton, puis il a peint les contours. Et au dessus, il a écrit : « Ma Maman est la plus belle ». Maman admire, félicite, embrasse. Le troisième a fait un bracelet en perle. Maman l’essaie, se regarde dans le miroir, félicite encore. Papa donne à son tour son paquet. Maman proteste un peu en l’ouvrant. Papa a offert des boucles d’oreille. Maman embrasse tout le monde encore.

Ce dimanche là, Papa donne le signal en mordant dans un croissant. Les trois enfants l’imitent. Maman dit « Je suis la plus heureuse des Mamans… » Et c’est un vrai petit bonheur.

 

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