Petit bonheur numéro cent trente quatre : lire l’état civil

Ce petit bonheur là fait comme tout le monde quand il lit le journal.

Dans un quotidien, il y a la Une, l’édito, le « fait du jour » ou son équivalent, les pages faits divers, les pages politique et économie, les pages locales et le sport, puis le programme tv, la météo et l’horoscope et bien sur… l’état civil.

Tout le monde le fait, il ne faut pas le nier. Quand on ouvre le journal, on va jeter un coup d’oeil aux obsèques, aux mariages et aux naissances. Mademoiselle fait comme tout le monde.

Les obsèques d’abord. Elle regarde rapidement les noms. Ca ne lui dit rien. Parfois, la famille a précisé le surnom. Parfois, le surnom est évident. « Pierre dit Pierrot ». Parfois, on se dit qu’il doit y avoir une drôle d’histoire derrière.  » Michel, dit Oursinet ».

La vie des gens se résume en quelques lignes. L’épouse et les deux enfants, dont on précise le nom des conjoints, annoncent le décès d’un père. En dessous, on associe à la mémoire des parents, déjà décédés. On précise l’âge du défunt, et parfois, on donne une idée des circonstances. « Longue maladie » « Brutalement ». « s’est éteint dans son sommeil ». L’encart du dessous est un avis d’obsèques pour le même disparu. Mais cette fois, il est publié à la demande de ses amis du club de vélo. Et encore en dessous, ce sont ces collègues boulangers qui lui rendent hommage.

Parfois, Mademoiselle regarde les âges. Sur la même page, côte à côte, il y a cette femme de 101 ans, ce monsieur de 95 ans, et ce jeune homme d’une trentaine d’année. Et puis il y a les messe anniversaire, pour se souvenir de ce parent qui n’est plus là depuis 10 ans. Les petits enfants ont grandi. Les plus jeunes n’ont certainement même pas de souvenirs. Mais tant qu’il y a quelqu’un pour se rappeler, alors il n’est pas tout à fait mort.

Mademoiselle se remonte le moral. Elle lit les annonces de mariages. Paul, vendeur, épousera dans 15 jours Marjolaine, chargée de communication. Samedi dernier, François et Hélène se sont mariées. Et puis Quentin et Sandrine. La fête est passée. Mademoiselle se demande s’il y avait du monde. Elle essaie de se souvenir s’il faisait beau. Dans le village voisin, samedi, on ferra la noce de Raphaël et Raphaëlle. Ca fait sourire Mademoiselle.

Quelques lignes en dessous, les naissances. Classées par clinique.

Mademoiselle regarde les prénoms. Des nouveaux nés et aussi des frères et soeurs. Brian et Mylan sont heureux d’accueillir leur petite soeur Sofiane. Emma et Gaëtan sont les heureux parents de Marie, née samedi. Parfois, on précise le poids. Parfois l’heure. Et dans certaines cliniques, quand il y a 10 naissances à la suite, on liste juste les prénoms et les noms. Tiens, dimanche, il y a des jumeaux qui sont nés : Tristan et Théo. Il y a les vieux prénoms qui reviennent : Marcel et Augustin.

Il y a les prénoms que Mademoiselle ne se voit pas donner à ses enfants. Et ceux qu’elle aimerait bien leur voir porter.

Une page. Une seule page où l’on commence sa vie, ou trente ans plus tard on annonce son mariage et ou des décennies après, les proches publient votre avis d’obsèques, appelant ceux qui vous connaissent à se souvenir. Et c’est un joli petit bonheur.

 

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