Petit bonheur numéro cent trente et un : faire tinter un couteau sur un verre

Ce petit bonheur là réclame un moment d’attention.

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire du Papa de Mademoiselle. Le Papa de Mademoiselle n’est pas facile. Et les relations avec Mademoiselle ne sont pas des plus simples. Mais aujourd’hui, on met tout ça sous le tapis. Le Papa de Mademoiselle fête son anniversaire. Autour de la table, les frères et soeurs du Papa de Mademoiselle, les frères et soeurs de Mademoiselle, les parents du Papa de Mademoiselle, les cousins, le grand oncle et une grande tante. Il y a aussi les amis de Papa et Maman.

La Maman de Mademoiselle est en cuisine. Elle apporte les plateaux de feuilletés pour l’apéritif pendant que Papa distribue les verres de punch. Mademoiselle fait passer les tomates cerises. Monsieur tend à son beau père un bol de radis. Les frères et soeurs racontent leur semaine, on vient embrasser les grands parents, on redemande de raconter les premiers pas de Papa, les premières bêtises… Du coin de l’oeil, on surveille les derniers nés, les deux cousins de 3 ans qui se chamaillent pour un jeu de construction. Une tante se lève, apporte un jus de fruit à chacun.

En bruit de fond, un brouhaha de souvenirs, d’anecdotes et de « touche pas le verre de Maman! C’est pas bon, c’est du vin! » .

On passe à table.

La Maman de Mademoiselle distribue les places. On tire les chaises, on fait un peu plus de bruit encore. Des semaines que Maman, Mademoiselle et sa soeur préparent la fête. Les filles partent en cuisine aider Maman. La soeur de Mademoiselle emporte les corbeilles à pain.

Certains sont venus de loin pour l’occasion. Il y a ceux que l’on ne voit d’habitude qu’à Noël. Ceux qu’on n’avait plus vu depuis que l’on était enfant. Tout le monde est servi.

Papa se lève. Il prend son couteau et le fait tinter sur son verre.

« Ah… Le discours, le discours, le discours… »

Le silence se fait. On attend. Papa lève son verre. Jamais Papa ne fait de discours. Jamais il ne se lève comme cela. Papa n’est pas du genre à se raconter. Pas du genre a dire à la foule ce qu’il ressent. Tout le monde attend.

« Euh… Je voudrais vous dire merci, à tous. D’être venus. Je veux dire… Ca me touche beaucoup. Merci ».

Papa se rassied. Tout le monde trinque, on sourit, les fourchettes piquent, les assiettes se vident. Mademoiselle croise le regard de Papa. Il surveille la tribu, un petit air de bonheur au coin des lèvres. Il regarde ses enfants, sa femme, ses parents, ses amis, sa famille, tout ce petit monde venu pour lui. Et, pour la première fois, Mademoiselle sent que Papa est un peu ému. Et c’est un vrai petit bonheur.

 

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