Petit bonheur numéro cent vingt cinq : la tarte tatin de Maman

Ce petit bonheur là a une couche de caramel, une couche de pommes fondantes, une couche de pâte sablée maison.

Ce dimanche, la Maman de Mademoiselle a invité tous ses enfants pour déjeuner. Mademoiselle a acheté des fleurs, son frère aussi, sa soeur aussi. La Maman rigole devant l’affluence de bouquets et le manque de vase.

Comme chaque fois que les enfants sont là, les parents mettent les petits plats dans les grands. Chacun y va de sa spécialité. Maman et ses célèbres champignons à la grecque, Papa et ses entrecôtes au barbecue.

En dessert, Maman et Papa accordent leur violon.

Papa s’occupe de la crème anglaise, Maman de la tarte tatin.

A peine franchie la porte de la cuisine, on sait déjà, rien qu’à l’odeur, ce qui viendra clore le repas. Maman sourit en regardant les front se coller contre la vitre froide du four :  « Oh! Tu as fait ta tarte tatin! »

Papa surenchérit en sortant le saladier du frigo : « Et moi la crème anglaise! »

La tarte tatin de Maman (et la crème anglaise de Papa) sont bien meilleures que celles du restaurant. Maman fait sa pâte la veille. Le samedi, elle fait un puits de farine sur la table. Elle y casse ses oeufs, ajoute du sucre, une pincée de sel. Puis elle presse dans ses paumes la pâte collante, de plus en plus souple, de plus en plus sèche, avant de l’oublier, sous un torchon, jusqu’au lendemain. Le matin, Maman pèle ses pommes et détaille des tranches d’une régularité très approximative. C’est là le secret : les pommes ne sont pas toutes de la même épaisseur, alors au four, certaines fondent, d’autres conservent un brin de résistance, un peu de mâche et de consistance, pour que les dents profitent aussi du dessert. Au fond de son moule qui en a vu défiler des générations de tartes, Maman met du sucre et du beurre, et aligne les pommes. Puis elle étale sa pâte et fronce les bords.

Vient le passage délicat du diffuseur : Maman pose la tarte sur le gaz et laisse précuire ainsi quelques minutes. Le caramel commence à fondre, les pommes se laissent doucement séduire, s’enrobent en frémissant, dans un petit clapotis de sucre en ébullition. Ne reste qu’à laisser cuire, au four cette fois.

Maman apporte la tarte tiède sur la table. Elle a sorti le plus joli plat de service, celui de la grand-mère Jeanne. Chacun avance son assiettes, gourmands avides de retrouver sur le palais le reste d’un souvenir d’enfance, la réminiscence d’un goût de caramel sur le bout de la langue, une part de tarte croquée à pleine dents, encore brûlante. Chacun sa part, chacun sa louche de crème. Et c’est un vrai petit bonheur.

 

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