Petit bonheur numéro cent dix huit : le saladier de fraises

Ce petit bonheur là fait un voeu en croquant la première de la saison.

Des mois que Mademoiselle en rêve. Des semaines qu’elle en réclame à corps et à cris. Bien des fois, au supermarché, elle avait failli céder à la tentation. Bien des fois, sur le marché, elle avait péché par gourmandise, goûté le fruit tendu par le marchand, et déçue, trouvé que cela n’avait pas de goût.

Mais cette fois, c’est pour de bon. Impossible d’en douter, la saison des fraises a commencé.

Mademoiselle est partie sur le marché avec une seule idée en tête : dépenser sa monnaie dans une barquette de gariguettes ou de maras des bois. Sur l’étale de la marchande, les petites barques sont alignées, sagement, rivalisant de rouge. Mademoiselle ignorait qu’il en existait tant de nuances. L’odeur aussi varie d’une barquette à l’autre : plus fruité, plus sucré, plus doux, plus sauvage. Devant les noms des variétés, Mademoiselle ne sait pas, ne sait plus.

La vendeuse lui tend une fraise. « Goûtez, elles sont très parfumées« .

Mademoiselle mord le bout du fruit. Le jus s’étale en rouge à lèvre sur sa bouge désormais sucrée, les doigts pinçant la queue verte, les dents croquant la fraise charnue. Dans sa gorge, c’est tout le printemps qui afflue, c’est les pique-niques et les promenades, c’est les premiers melons et les salades de tomates. C’est la première fraise, celle qui donne envie d’avaler le panier, nonchalamment alanguie sur une natte ou au fond d’un hamac, un grand chapeau sur la tête et le soleil sur le corps. Le rouge réveille l’été, comme le orange, plus tard, l’endormira.

« J’en prends deux barquettes« .

Mademoiselle ne coupe jamais les fraises. Elle les rince vite sous l’eau et les sert dans le grand saladier transparent, avec le sucrier et le jus de citron posés sur le plateau, le tout dehors, sur la table de jardin. Monsieur et Mademoiselle piochent, à tour de rôle, jetant les queues et les tiges dans la pelouse, savourant chaque morceau de soleil arrachées au ciel et emprisonnée dans un bout de chair rose aux tâches de rousseur délicieuses. Et c’est un vrai petit bonheur.

 

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