Petit bonheur numéro cent huit : mettre du baume à lèvre

Ce petit bonheur là a parfois un goût de cerise en hiver.

Le sac de Mademoiselle regorge de trésors en tout genre. Des choses qui ne servent jamais -mais qui sont là au cas où- et des choses qui servent souvent -et qu’elle ne trouve qu’au prix d’efforts considérables pour retourner le sac et fouiller chaque poche.

Parmi les choses qui servent souvent, un tube bleu, caché dans la troisième poche intérieure à gauche du porte carte. Souvent, en marchant dans la rue, Mademoiselle palpe la poche. Et le simple fait de sentir la présence du tube suffit à la rassurer, comme si, en cas de crise majeure ou de guerre atomique, elle portait sur elle de quoi sauver le monde.

L’art de se mettre du baume à lèvre est précis et rigoureux. La bienséance interdit par exemple d’en mettre en public. Et la prudence recommanderait de ne pas en mettre en conduisant. Mademoiselle attend d’être seule, confortablement installée. Elle boit d’abord un peu d’eau, pour ne pas avoir soif juste après et se trouver bête. Puis, elle sort le tube. Le plaisir commence dans l’idée même de ce que l’on va faire, dans l’intention précise de ce qui va arriver.

Mademoiselle décapuchonne le fameux tube et pose le bouchon sur la table, à l’horizontal, calé entre deux sylos. Puis, elle dévisse le bas du tube, faisant monter un bâtonnet blanc, comme une montagne sortant de terre. Il ne faut pas trop en sortir, il risque de casser. Il ne faut pas non plus être trop frileuse, où le plastique raclera les lèvres.

Puis, la bouche entrouverte, elle approche le tube de ses lèvres. D’abord en bas. Puis en haut. Puis on rentre les lèvres et on les frotte l’une contre l’autre. Ensuite, il faut lutter quelques instants contre l’envie de se mordiller les lèvres du bout des dents. Eviter aussi de faire cela en présence immédiate d’un amoureux qui voudrait goûter le parfum cerise ou ananas du baume d’hiver.

Parfois, Mademoiselle en passe un peu aussi sous ses yeux. Elle a lu dans un magazine féminin que ça atténuait les cernes. Et ça prolonge un peu la pause purement féminine.

Ensuite, elle vérifie trois fois que le tube est bien fermé. Et le range dans la troisième poche, à gauche du porte carte. Vérifie qu’il est bien rangé. Que la poche est bien fermée. Puis reprend son dossier, en attendant la prochaine pause. Et c’est un vrai petit bonheur.

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