Petit bonheur numéro cent quatre : regarder la brioche monter dans le four

Ce petit bonheur là est tout chaud, tout gonflé, tout rond et tout doré.

Le dimanche, désormais tout le monde le sait, chez Monsieur et Mademoiselle, c’est dessert. La semaine passée, c’était mousse chocolat, la semaine d’avant, c’était tarte tatin, et celle encore avant un tiramisu.

Cette semaine, Mademoiselle a feuilleté les livres, évalué les fiches, examiné les ingrédients. Elle s’est décidé vendredi pour une brioche au gros ventre rond et au chapeau mignon. Et dès hier, elle s’est lancée. Les deux mains dans la farine, elle ajoute la levure, les oeufs, le beurre. et son secret, une lichette de fleur d’oranger. Elle mélange, elle presse. La pâte est belle, pas trop élastique. Mademoiselle met un torchon sur le plat et l’oublie dans un coin de la cuisine, tout près du radiateur.

Monsieur se renseigne, au matin, sur le dessert du jour.

« Ce sera pas un dessert, ce sera un goûter ».

Monsieur est content. Il est impatient d’arriver à 16h.

Mademoiselle soulève le torchon pendant que Monsieur dresse la table du petit déjeuner. La pâte a doublé de volume. Ca sent le levain et la fleur d’oranger. Mademoiselle sautille, toute joyeuse d’avoir réussi. Et dès le petit déjeuner débarrassé, Mademoiselle allume le four. Le voyant lumineux clignote quelques instants et reste fixe : température atteinte.

Mademoiselle pose le plat sur la grille. Et, impatiente de savoir si la brioche gonflera, reste penchée, le nez collé sur la vitre du four. Monsieur s’amuse de voir ainsi Mademoiselle, la tête en bas, la nuisette un peu trop remontée, concentrée sur le four.

« Qu’est ce que tu … »

«  chuuuuutttt… je surveille... »

« Tu sais qu’elle te voit la brioche là? »

« Chuuuutttt, je lui envoie des bonnes ondes… »

Monsieur rigole. Mademoiselle hausse les épaules, toujours de dos, et continue ses incantations. Monsieur s’en va s’occuper d’autre chose. Mademoiselle fatigue un peu la tête en bas. Elle s’assoit en tailleur sur le carrelage glacé. Dans le four, la pâte prend ses aises. Elle gonfle, elle prend du ventre, elle grossit. Ca commence à sentir bon. Mademoiselle sourit. La brioche ressemble chaque seconde davantage à la photo du livre. Le petit chapeau se gonfle dans l’air chaud du four. Plus que 10 minutes de cuisson. Mademoiselle croise les doigts.

Tiiiiillllt.

C’est fini. Le four s’éteint, Mademoiselle hésite à l’ouvrir. Ca sent tellement bon qu’elle en découperait bien une part toute suite. Mais elle se raisonne, un trou dans la brioche, se sera difficile à cacher. Et elle voit de là les sarcasmes de Monsieur sur la gourmandise légendaire des filles.

Alors, elle la démoule et laisse la brioche dans la corbeille du goûter. Ce sera pour tout à l’heure. Et ce sera un vrai petit bonheur.

 

 

 

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