Petit bonheur numéro cent un : les pommes de terre sautées

Ce petit bonheur là sent l’ail, l’huile chaude et le persil frais.

Il y a bien longtemps, quand les mercredis de Mademoiselle étaient encore passés en jeux et en dessins animés, il y avait toujours, à partir de 11h30, une interruption des constructions en Légo sur le tapis du salon. Un arrêt de jeu dans la partie de petits chevaux lancée dans la chambre. Une pause dans Maya l’Abeille ou dans Nicky Larson.

Mamie attaquait la préparation du déjeuner, et, s’époumonant depuis la cuisine, appelait les enfants à venir participer aux préparatifs. La brigade dévalait l’escalier, impatiente de connaitre le menu.

« Ce midi, c’est boudin blanc pommes de terre sautées. Vous allez m’éplucher les patates. 3 chacun. Le premier qui a fini a le droit à un quignon de pain pour patienter« .

La Mamie de Mademoiselle accrochait à la taille de chacun des enfants un torchon pour tablier. Une planche devant les 3 cuistots, un économe chacun. Le très jeune frère de Mademoiselle avait souvent bien du mal à tenir le manche dans sa main. Mais Papi venait l’aider et les deux autres criaient à l’injustice. Le concours se faisaient donc entre les plus grandes. La Mamie des enfants surveillait du coin de l’oeil en faisant chauffer la poêle : « Hé, oh, on ne gaspille pas, faites mois des épluchures plus fines que ça… »

Les enfants reprenaient, un bout de lange dépassant au coin des lèvres pour mieux se concentrer.

« Fini! » « Moi aussi »

Mademoiselle montrait ses belles pommes de terre dénudées, régulières. La grande soeur tendait ses patates épluchées, qui tenait difficilement dans ses mains. Inspection générale. Et verdict.

 » Egalité. Un bout de pain chacun« .

Les autres retournaient jouer, le morceau de pain à la main. Mademoiselle, elle, restait auprès de Mamie. Elle la regardait passer les pommes de terre sous l’eau puis les sécher dans un grand torchon. Ensuite, Mamie faisait des cubes et les jetait dans la poêle chaude. Ca faisait un schhhhhhh caractéristique de ces mercredis chez Papi et Mamie. Puis, saisissant la poêle, elle faisait sauter les pommes de terre dans l’huile chaude, ne cessant de remuer, d’agiter.

« Puisque tu restes dans mes pattes, tu m’écrases une gousse d’ail? »

Mademoiselle plongeait la main dans le panier à oignons, et en extrayait, entre deux échalotes, une tête d’ail. Elle en déshabillait une gousse et l’écrasait dans le presse-ail. Puis, Mamie raclait la pulpe au dessus de la poêle chaude et tournait régulièrement avec la cuiller en bois. Papi mettait le couvert. Mamie s’attaquait à la cuisson des boudins blancs.

« A table »

Les deux joueurs descendaient de la chambre. Mademoiselle patientait déjà, assise à gauche de Papi, les fesses au bord du siège et jambes balançant quand même dans le vide. Les hors d’oeuvre avalés sans grand enthousiasme, les enfants attendaient la promesse de 11H30 : les fameuses pommes de terre sautées et les boudins blancs.

Mamie posait la poêle au centre de la table. Elle avait ajouté quelques brins de persil. Les trois assiettes se tendaient vers le plat dans un même mouvement.

Des années après, quelques décennies plus tard, c’est toujours le même rituel chez Mademoiselle. Les pommes de terre prennent toujours leur douche avant de plonger dans la poêle brulante. L’ail est toujours écrasé dans le même presse-ail. Le persil frisé toujours ciselé au dernier moment. Ca sent toujours aussi bon, c’est toujours le même régal. Et c’est un vrai petit bonheur.

 

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