Petit bonheur numéro quatre-vingt-quinze : retrouver une vieille photo

Ce petit bonheur là fait une drôle de tête : c’est vraiment moi là? tu est sûre?

Il reste des cartons du déménagement. De ceux qu’on a laissé là, « jusqu’à demain, tu comprends, on est crevé là« . Demain, c’était il y a deux ans. Depuis, le carton n’a plus bougé, il attend, sous une jolie couche de poussière, entre deux toiles d’araignées.

Ce jour là, Monsieur a décidé, en rentrant du travail, que le carton avait assez vécu. Et puis « mince, ça suffit maintenant, on sait même pas ce qu’il y a là dedans... » (honnêtement, il n’a pas dit « mince »)

A quatre pattes, Monsieur sort le vieux carton de sous la commode. Il tousse, souffle, éternue. Mademoiselle râle « tu passeras l’aspi après! ».

En feutre noir, une main malhabile a écrit : « Bazar Mademoiselle ». En haut du carton, un porte document, puis deux vieux journaux et un classeur. Monsieur tend le tout à Mademoiselle : « On jette ou on garde? »

Puis, arrive deux ou trois livres.  « C’était mes livres de chevet quand j’étais étudiante » « Ah bon? Tu les as lu » questionne Monsieur, étonné d’avoir entre les mains un Finkielkraut, un Onfray et un Derrida.

« Ben non, c’était ma table de chevet. Ca me servait de meuble »

Monsieur rigole… Mademoiselle ronchonne.

Ensuite, des cartes postales (« attends, je vais les relire… » « Pffff… « ), une BD, un emploi du temps de Master, un crayon fétiche et un porte clé.

Soudain Monsieur lève la tête. « Dis donc, c’est toi là? »

Mademoiselle regarde distraitement. Et fait un bon… « Oh mon Dieu… Rends moi ça« .

« Mais non, attend, tes super mignonne là. T’as quel âge? »

Mademoiselle compte sur ses doigts. 4 ans. Elle a deux couettes, un pull rayé avec des écussons en forme d’ananas et un fuseau noir. Au bras, elle porte un petit bracelet de bonbon, et aux oreilles, de fausses boucles clipsées. Derrière elle, son frère, accroché au doigt de Maman, fait ses premiers pas. Et Maman, sa jupe longue verte et son gilet blanc, regarde le photographe en souriant. En arrière plan, la maison de Mamie. Mamie que l’on distingue, au fond, sur la terrasse.

« Ca devait être le printemps, vous êtes couverts quand même. Dis donc, tu as une coupe de cheveux… Ta mère ne t’aimait pas ou quoi? »

Mademoiselle hausse les épaules : « Quand on voit comment la tienne t’habillait, je ne crois pas que tu ais voix au chapitre. C’est limite du complexe d’Oedipe inversé. Ta mère voulait décourager les prétendantes pour te garder pour elle« .

« Quand on prend Derrida comme table de chevet, je ne crois pas qu’on ait le droit de citer le complexe d’Oedipe. Et encore moins d’inventer ses dérivés« .

Mademoiselle sourit, et pioche une autre photo. Maman et Papa, quelques mois après leur mariage. Maman a un gros ventre rond. Mademoiselle lui fait une bosse sous le nombril. Et puis la photo de classe du Master, avec les copains. « Tiens, celui là, à l’époque, il était avec ma copine Amélie, tu sais… »

« Et toi, tu sortais avec lequel? »

Mademoiselle ne répond pas… Et se contente de sourire en coin.

Monsieur insiste.

« Tu veux vraiment savoir? Avec le prof »

Monsieur hésite à rire. Mademoiselle pouffe… Et c’est un vrai petit bonheur.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s