Petit bonheur numéro quatre-vingt-douze : les serviettes chaudes au restaurant

Ce petit bonheur là est tout chaud au creux des mains.

Ce soir, le frigo est vide. Mademoiselle souffle bruyamment, la lumière clignotante sur un vieux yaourt et deux endives. Monsieur tente bien : « il y a une brique de soupe dans le haut du placard« . Mais non. Rien à faire. Mademoiselle n’a pas envie.

Alors Monsieur sort son joker. Monsieur invite Mademoiselle au restaurant chinois.

A peine la porte poussée, la serveuse se précipite avec une corbeille de chips crevette. Elle désigne du doigt une table, et tend les cartes des boissons.

« Le buffet est en libre accès, les assiettes sont à côté des nems« .

Monsieur est un grand modèle qui cache bien son jeu. Il commande une bière chinoise et se précipite sur les beignets, les nems et les bouchées au porc.

Mademoiselle est un petit modèle qui ne cache pas son jeu. Elle va de suite vers les paniers vapeurs, les sushis saumon et les salades de chou. Premier aller retour.

« On passe au plat? »

Monsieur hésite entre porc au caramel et poulet sauce aigre douce avant de choisir… les deux. Accompagnement pommes de terre. Mademoiselle prend les crevette et le poissons poivre et sel. Deuxième service.

« On passe au dessert? »

Monsieur n’a plus de place dans la petite assiette : entre les boules coco, les biscuits chinois et le bol litchi mangue, il arrive encore à glisser des nougats au sésame  et des morceaux de gingembre confit. Mademoiselle a choisi une salade de fuit et sa boule coco. Et discrètement, pique quelques nougats à Monsieur.

« On passe au dessert? »

Oui… Monsieur retourne au buffet pour la seconde fois, remplissant de nouveau à ras bord son assiette de gourmandises.

Mais le moment que préfère Mademoiselle n’arrive que maintenant. La panse pleine, des tâches sur la nappe en papier, ils se lèvent pour payer. Mademoiselle s’émerveille devant les bibelots kitchs dans des vitrines sales quand la serveuse s’approche, un petit plateau à la main. Deux petites serviettes blanches, roulées soigneusement.

Monsieur en prend une. Mademoiselle l’autre. Le coton tiède et humide chauffe la paume. La peau se détend, l’air au creux des mains devient moite, presque tropical. Si elle s’écoutait, Mademoiselle passerait la petite serviette sur son visage. Mais elle n’ose pas. Alors elle presse doucement entre ses doigts, entre les plis et les creux, entre la ligne de vie et celle du coeur. C’est douillet, c’est câlin, c’est tendre. Et c’est un vrai petit bonheur.

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