Petit bonheur numéro quatre-vingt-neuf : le prunier est en fleur

Ce petit bonheur là est blanc comme un nuage.

Il n’y a pas de plus joli début de printemps que ce coup de feu floral, fidèle au rendez-vous depuis plus de soixante-dix ans. Bien sur, Mademoiselle est trop jeune pour l’avoir connu bébé, encore au tuteur ou bien rejeton sauvage d’un voisin ombrageux depuis disparu.

La maison des grands parents de Mademoiselle est installée dans un coin de campagne, à quelques encablures des grands silos qu’on voit au loin, pas très loin du petit bois. C’est une maison à l’orée du village, avec une vieille balançoire en planches écaillées construite par Papi, qui ont usé bien des fonds de culottes, et des jardinières toujours fleuries entretenues par Mamie, qui ont fourni bien des bouquets. A côté de la margelle du puits, au fond du jardin, la palissade en fer forgé cache aux curieux ce petit coin de paradis. Le portail vert couine un peu quand on le pousse, et la peinture par endroit, a déserté son poste.

D’abord, de part et d’autres de l’allée, le potager, pour l’instant encore un peu pauvre. « La terre se repose » a dit Papi.

Puis, à 50 mètres de la maison, le verger. Et enfin, le long de la terrasse où le salon de jardin attend son heure, les fleurs de Mamie.

C’est dans ce jardin que débute, invariablement, chaque mois de mars, le printemps.

Chaque année, Mamie, sur son cahier d’écolier, note en rouge la date fatidique. Quelques jours avant, Papi, à l’affut du moindre indice, relève les bourgeons et surveille les feuilles. « C’est pour bientôt« .

Et puis, hier, Papi a téléphoné. « Je crois que c’est pour demain. Viens au café« .

A peine le portail passé, impossible de s’y tromper. Cette année encore, Papi avait raison. A l’angle du potager, le prunier septuagénaire a troqué ses branches encore nues il y a dix jours, pour sa robe de bal. Une robe blanche, éclatante, sous le soleil de mars. La boule de fleurs enivre, laissant dans les courants d’air une odeur de miel et un voile de pétales. Et pour célébrer la reine du bal -Reine Claude, de son prénom, bien sûr- des centaines d’insectes vont de fleurs en fleurs, ajustant là un pistil, là une corolle, dans un joyeux bourdonnement incessant. A bien écouter, c’est peut-être l’arbre lui même qui fredonne.

« L’an dernier, il a fleuri le 26. Il a 4 jours de retard » explique Mamie, les yeux sur son cahier d’école, ses lunettes sur le nez.

Le salon de jardin a retrouvé une nouvelle jeunesse pour la saison qui s’annonce et sur le serviteur, Mamie a dressé le gouter. Les cafés fument dans les tasses, les madeleines attendent qu’on les dévore. Chaque année, le même rituel, chaque printemps, le même arbre fêté.

« Et si toutes les fleurs donnent, imagine le nombre de pots de confiture » salive Monsieur, déjà tout à sa gourmandise.

Qu’importe les confitures pour l’heure, la gourmandise ici se savoure des yeux, des oreilles et du nez. Et c’est un vrai petit bonheur.

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