Petit bonheur numéro quatre-vingt-six : écrire au stylo plume

Ce petit bonheur là fait des pleins et des déliés.

Mademoiselle a sorti le beau papier à lettre, celui avec une jolie frise sobre à gauche. Il y a une lettre de félicitation à écrire. Mademoiselle a nettoyé la table, bien essuyé le bois, et posé le bloc immaculé. Devant elle, une belle feuille, bien à plat sur son support à lignes. A gauche, une enveloppe déjà timbrée. Et à droite, un petit étui.

Le plumier de Mademoiselle a connu bien des cartables, bien des tables d’écoliers, bien des cahiers de math et des rédactions de français. Il a même connu quelques compositions, des version de latin et un ou deux cours de grec. Le plumier de Mademoiselle est en bois, tapissé à l’intérieur d’une carte marine. C’est un vieux cadeau, du temps où elle a appris à écrire. Lors de la première remise de bulletin, au CP, les parents de Mademoiselle lui avaient offert l’écrin et son trésor, un joli stylo plume, « pour quand tu auras des choses importantes à noter ».

Quelques décennies plus tard, le plumier est encore là. La plume, elle, n’a pas survécu. Mais une autre depuis est venu prendre sa place, au milieu des océans.

« Chers vous deux »

Mademoiselle recopie précautionneusement le brouillon tracé au crayon de bois sur un verso d’enveloppe de la banque.

« C’est avec beaucoup de plaisir et d’émotion que nous avons reçu votre faire-part. Nous serons ravis d’être des vôtres pour célébrer votre mariage, le 28 juillet prochain. »

S’en suit quelques lignes très personnelles, dans lesquelles Mademoiselle témoigne à la future épouse, de son amitié sincère, précieusement conservée depuis les années collèges.

La plume accroche le papier, laissant une cicatrice bleue. Chaque petite nervure s’emplit d’encre, formant les déliés et les pleins si soigneusement répétés à l’école. La main ne tremble pas, elle s’applique à caresser la feuille blanche, à effleurer du bout de la plume le papier vierge devant, nervuré de lignes derrière. Dans le sillage du stylo, les mots, comme une ligne de flottaison, laissent leur empreinte sur la mer blanche. Juste avant de signer, Mademoiselle tapote le bout du stylo, pour détacher les dernières gouttes d’encre de la cartouche.

Puis, en bas à droite, d’un seul mouvement du poignet, elle appose ses initiales, dernière ancre sur l’étendue désormais davantage marinière qu’uniformément blanche.

Elle souffle doucement sur les mots, les sèche un à un, puis, plie en trois la lettre. Sur l’enveloppe, la même plume recopie une adresse. Le plie doit désormais arriver à bon port. Et c’est un vrai petit bonheur.

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2 réflexions sur “Petit bonheur numéro quatre-vingt-six : écrire au stylo plume

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