Petit bonheur numéro quatre-vingt-un : attendre son tour

Ce petit bonheur là, patiente, patiente…

Mademoiselle attend son tour. A chaque tintement du carillon, la queue s’allonge derrière. Pourtant, la vendeuse s’active, elle sert aussi vite qu’elle peut les clients, tendant le pain à l’un, la baguette à l’autre. De temps en temps, elle jette un coup d’oeil nerveux vers l’arrière boutique, dans le fournil, où la patronne range les sacs de farine et nettoie les ustensiles.

Mademoiselle a le regard perdu au milieu des pâtisseries. Elle observe les macarons, empilés en tour colorée, entre les brioches et les grands sablés. Dans un panier, les meringues énormes attendent qu’on les concasse pour un vacherin. Derrière la boulangère, les pains au lin, les pains au sésame, les baguettes traditionnelles, les miches énormes et les pains de mie prennent leurs aises. Ca sent le pain chaud, ça sent le beurre et les croissants.

Devant Mademoiselle, un Monsieur et une Dame se disputent à demi-voix pour savoir si ce sera tarte aux fruits ou tropézienne. Monsieur voudrait une tropézienne. Madame la tarte aux fruits… « Pense à ton régime! » « Mon régime? Le tien non plutôt? »

Mademoiselle sourit.

Devant le couple, un petit garçon fait rouler entre ses doigts deux pièces. Il mange des yeux les pains au chocolat et semble parfois s’arrêter pour compter mentalement, les yeux plissés et la bouche en drôle de moue.

Et devant l’enfant, une jeune fille pianote sur son téléphone en soupirant. Visiblement, la jeune fille en a assez d’attendre. Ce sera bientôt son tour, devant elle, la vieille dame, le cabas débordant de commissions, est déjà en train de préparer la monnaie. La boulangère pose la baguette dans un petit papier et le plie soigneusement, tendant le pain tout chaud à la Dame au cabas.

Derrière Mademoiselle, un vieux Monsieur s’approche de la vitrine, scrutant les gâteaux.

Et juste derrière lui, un jeune homme téléphone : « tu voulais quoi? du pain ou une baguette? J’y suis oui.. Je fais vite… Mais il y a la queue c’est dingue. Et puis la vendeuse est pas une pressée« . Regard noir de la vendeuse.

Et juste après le jeune homme, une dame et sa petite fille. « Oui, tu auras une sucette. Mais tiens toi bien. »

Le carillon teinte : la vieille dame s’en va. « Au revoir Messieurs dames ».

Mademoiselle laisse trainer ses oreilles dans la queue, écoutant les conversations. Son regard croise celui de la jeune fille au portable. Le petit garçon s’approche du comptoir.

« Et pour toi jeune homme, qu’est ce que ce sera »

« C’est combien une baguette? »

« Celle ci? c’est 80 centimes »

Le jeune homme plisse le front…

« Avec le pain au chocolat ça fait combien? »

« 1 euro soixante« .

Le petit garçon baisse les yeux déçu… La boulangère le regarde : « combien tu as? »

« 1 euro cinquante« … « Allez donne, c’est pas grave ». Le sourire lui mange le visage, le gamin repart avec sa baguette et son gouter.

« Une tarte aux fruits s’il vous plait, deux baguettes... » Le Monsieur lève les yeux au ciel. Madame tend sa carte bleue.

C’est au tour de Mademoiselle. Elle prend un petit pain, « pas tranché, juste comme ça » et pose la monnaie sur le comptoir. Un grand sourire à la vendeuse :  » bonne journée, et bon courage. Au revoir Messieurs Dames » et dans le dos de Mademoiselle, quelques « Au revoir » lui répondent. La vendeuse est passée au client suivant. Mais l’avantage de ce petit bonheur, c’est qu’il revient souvent…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s